Lettre de la Commission des relations internationales du PCE(r) au Comité d’organisation du Conseil international pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique

Septembre 2000

Chers camarades:

Nous avons reçu le mois d’avril passé votre "Proposition de statuts pour le Conseil international" et "l’Agenda pour le Congrès mondial" à célébrer en 2001.

Après une lecture attentive des dits documents nous n’avons rien à ajouter, que vous n’ayez déjà pris en compte, sur les questions d’organisation; nous comprenons les complications qu’implique le projet du Conseil qui cherche à harmoniser des situations, idées et volontés très diverses et à l’occasion opposées. C’est pourquoi nous devons reconnaître au moins l’effort de synthèse que vous avez réalisé. Cependant dans vos projets, il y a d’autres questions qui affectent les contenus politiques, qui, pensons-nous devront au moins être discutées au préalable si nous ne voulons pas que ce "Front uni" d’appui à la cause du rétablissement du socialisme en URSS ne courre le risque d’être réduit à un montage artificiel sans aucun contenu. Dans les Statuts du conseil manque toute référence au rôle néfaste joué par la canaille khrouchtchévienne et bréjnévienne. De même nous sommes perplexes devant le paragraphe suivant des Statuts: "Il doit être clair que les participants aux Congrès ne doivent pas utiliser cet évènement pour des débats idéologiques sur la manière dont le peuple soviétique parviendra à ressusciter ou quel type de socialisme il doit choisir. Ces deux questions doivent être décidées par le peuple soviétique lui-même".

Nous autres nous considérons que, de même que la Révolution socialiste d’Octobre en Russie fut, selon les termes de Staline: "avant tout une révolution de caractère international, de caractère mondial", de même les processus de restauration capitaliste en URSS et de destruction du camp socialiste ont eu et continuent d’avoir de profondes répercussions sur la cause révolutionnaire et communiste dans le monde entier.

Pour prendre un exemple pratique, le désarroi et la démoralisation créés dans les masses par ce processus se font encore fortement sentir quand nous, les communistes travaillons parmi elles et il faut beaucoup d’efforts pour les combattre. C’est pourquoi nous croyons qu’aujourd’hui il est tout à fait nécessaire d’ouvrir le débat pour éclaircir ce qui est arrivé dans l’ex-URSS et dans l’ensemble du Mouvement communiste international, dans le but précis d’avancer fermement vers la révolution socialiste. En outre il est logique de dire que cela n’est pas exclusivement la question des soviétiques mais qu’au contraire cela concerne tous les communistes du monde.

La cause du socialisme en ex-URSS est aussi notre cause, c’est pourquoi nous ne comprenons pas que nous ne puissions nous prononcer ouvertement sur le caractère que doit avoir ce "socialisme". Pour nous il n’existe qu’un seul type de socialisme et cela tant pour la Russie que pour les autres pays. Nous disons dans le rapport approuvé à notre IVe Congrès, il y a deux ans: "Il ne peut y avoir d’autre voie de construction du socialisme que celle indiquée il y a longtemps par Marx et Engels, laquelle est déterminée par la nature et les contradictions du système capitaliste qui domine le monde, par les lois immanentes à ce système qui conduisent, au travers de la lutte des classes, à l’implantation de la dictature du prolétariat sur la bourgeoisie, à l’établissement de la propriété d’état ou de tout le peuple et à l’économie planifiée socialiste grâce à laquelle seront créées les base de la suppression des lois économiques du marché, comme de l’idéologie et de la culture réactionnaires". C’est à dire que lorsque nous parlons de "la restauration du socialisme dans l’ex-URSS" nous nous référons au socialisme qui fut mis en œuvre avec succès en accord avec les circonstances de l’époque et sans exclure d’inévitables erreurs, par Lénine et Staline. Ce que nous ne sommes disposés à appuyer d’aucune manière est un retour au "socialisme" supposé des révisionnistes Khrouchtchev, Brejnev et Ziouganov dont les résultats funestes sont bien visibles.

Dans les pages mêmes de Northstar Compass sont parues plusieurs fois des articles où les communistes soviétiques eux-mêmes assument leur responsabilité pour "s’être tus" à l’époque de Brejnev et qui mettent en évidence que la tâche de recomposer les rangs communistes passe par la rupture de tout lien avec le révisionnisme. Vous comprendrez, par conséquent, que cette proposition expresse, de ne pas parler de tout ce qui arriva dans l’URSS des dernières décades, et son incidence sur le présent et le futur nous a préoccupés, et d’une certaine manière, nous à rappelé les "temps anciens" où les opinions critiques étaient considérées comme "des attaques contre le socialisme" par les dirigeants révisionnistes de l’URSS. En conséquence il fallait se limiter à assister muets, sinon à applaudir, au processus de destruction de l’œuvre de Lénine et de Staline aux mains des bandits Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev. C’est pourquoi prétendre revenir à ces "silences" complices et à ces fausses "unanimités" peut uniquement servir à ce que, sous le nom de "socialisme" viennent à nouveau s’implanter dans le mouvement communiste toutes sortes d’aberrations et de déviations opportunistes. Ce type de conciliation avec le révisionnisme qui paraît se dégager de ce point des Statuts est une chose que nous autres, comme n’importe quels autres communistes, ne pourront jamais accepter.

Nous partageons l’idée que le Conseil doit être ouvert à tout type d’organisations progressistes et révolutionnaires. Nonobstant vous devez comprendre que notre participation est à titre de parti communiste pour cette raison nous ne pouvons faire abstraction de toutes ces questions qui ont pour nous un caractère de principe. De ce fait, et prenant aussi en compte l’expérience que nous avons accumulée à l’occasion de projets associatifs passés, nous souhaitons conclure de la manière suivante:

1. Contrairement à ce qui est fixé expressément par le projet de Statuts nous pensons que le futur Conseil est précisément le "forum" le plus adéquat pour aborder les affaires transcendantes que nous avons citées. Nous sommes d’accord que, vu le temps réduit dont disposera le Congrès, ce débat devra être limité dans sa durée, mais non quant à sa thématique.

2. Nous croyons qu’il serait plus convenable de dire clairement le type de socialisme dont nous devons appuyer sans aucune réserve le rétablissement dans l’ex-URSS. Nous considérons que, si nous voulons vraiment prêter appui au processus révolutionnaire en Russie il faut mettre à l’ordre du jour non la conciliation ou la fausse unité formelle sans principes mais la lutte contre les révisionnistes et autres agents de l’impérialisme russe et des autres pays. Nous ne connaissons pas d’autre formule.

3. Il est absolument nécessaire de dire clairement que l’appui au peuple soviétique et au rétablissement du socialisme dans l’ex-URSS ne doit pas servir de prétexte à couvrir les plans impérialistes de la nouvelle bourgeoisie russe. Il est absolument indispensable de délimiter clairement les camps entre le mouvement révolutionnaire et ses ennemis capitalistes tant en Russie que dans le reste du monde. C’est seulement sur cette basse que pourra se développer et se fortifier le mouvement d’appui et de solidarité pour le rétablissement du vrai, de l’unique socialisme dans l’ex-URSS.

4. Naturellement tout ce qui vient d’être exposé n’est que l’opinion de notre parti et de ce fait sujet à discussion et à débat. Précisément à cause de ce caractère de proposition et parce que nous somme surs que d’autres partis et organisations pourront s’exprimer dans les mêmes termes ou dans des termes voisins, et pour éviter de fausses interprétations, il nous paraîtrait convenable que le Comité d’organisation élabore une sorte de déclaration de principes ou seraient bien affirmées les questions que nous avons ébauché ou, au moins, qu’elles soient élaborées en forme de proposition pour être débattues au Congrès dans le cadre d’un rapport particulier.

Pour terminer nous réitérons notre profond intérêt à participer activement au projet du Conseil international pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique, comme au Congrès de 2001 pour lequel vous pouvez compter sur l’aide que nous pouvons apporter avec nos modestes ressources et nos modestes forces.