L'Euro: instrument impérialiste

Antorcha, revue théorique du PCE(r)
janvier 1999


Sommaire

 Introduction
 La perte de l'hégémonie économique des États-Unis
 L'échec de la politique néolibérale de Reagan pour retrouver l'hégémonie
 L'emprise du yen décline
 Le traité de Maastricht de décembre 1991


Avec l'euro les grands monopoles européens se sont embarqués dans un ambitieux projet pour modifier l'influence du dollar dans le monde capitaliste, multiplier leurs exportations de capitaux au détriment de leurs rivaux impérialistes et améliorer en leur présence dans les consortiums financiers internationaux (Banque mondiale et Fonds monétaire international spécialement).

Le moment paraît opportun vu la forte crise qui secoue l'économie japonaise et la faiblesse relative du dollar. Les impérialistes européens prétendent faire de l'euro la devise la plus importante du commerce international pour détrôner leurs rivaux japonais et plus spécialement étasuniens.

Dans l'étape impérialiste l'argent reflète l'état des contradictions entre les puissances mondiales. Le marche international met en contact les diverses économies nationales, mesure le développement de leurs forces productives et leurs monnaies respectives. Techniquement les balances des paiements expriment la force relative de chaque pays sur le marché mondial. Une balance déficitaire est signe de faiblesse et oblige à la chute ou à la dévaluation de la monnaie nationale, tandis que les excédents la renforcent. Les soldes de la balance doivent être couverts en or, de ce fait les réserves d'un pays s'emplissent ou se vident selon sa capacité exportatrice, selon sa force sur le marché mondial.

Le problème est que l'impérialisme est aussi monopolistique et l'or est aujourd'hui monopolisé par les grandes puissances impérialistes. Seules un petit nombre de puissances disposent de réserves en or parce que ce sont elles qui détiennent le plus de capacités exportatrices. Tandis que les puissances impérialistes accaparent la plus grande partie de l'or mondial les pays du tiers monde doivent s'endetter auprès des grandes banques internationales pour pouvoir commercer et acquérir ce dont ils ont besoin. Les pays impérialistes aux fortes réserves d'or émettent une monnaie forte, tandis que les pays néocoloniaux qui manquent d'or sont obligés d'utiliser dans leurs transactions les monnaies des premiers. Ces monnaies fortes sont les devises mondialement admises comme moyen de paiement, car n'importe quelle entreprise acceptera d'être payée en dollars mais très peu admettront des paiements en ringgit malais ou en roupies indiennes, par exemple.

Cela procure un extraordinaire avantage aux pays à devise forte dans la concurrence pour les marchés internationaux car ils peuvent payer dans leur propre monnaie, c'est à dire qu'ils peuvent acheter sans fournir rien en échange, seulement leur papier monnaie, ce qui transforme ce commerce inégal en une forme effrontée de pillage et de spoliation à grand échelle. Les pays les plus faibles deviennent ainsi le soutien de la monnaie des plus forts et ceux-ci se transforment en grand banquier, ce qui augmente leur capacité d'exporter des capitaux. Les pays à monnaie faible sont exposés en permanence, d'un coté, à l'endettement comme il est arrivé à ceux du tiers monde dans les années 80, et de l'autre, à de forts secousses dues à la fuite des capitaux, c'est à dire à un échange brusque et massif de leur monnaie contre des devises plus solides, comme il advint au Mexique en 1995, où aux pays du Sud-Est asiatique l'été passé. Au contraire ce fut le dollar fort qui permit aux États-Unis d'imposer leur hégémonie écrasante après la Seconde guerre mondiale. Grâce à la machine à imprimer des dollars ils ont financé les dépenses liées à la création de l'OTAN et aux bases militaires, ils ont acheté de grandes entreprises européennes, ils ont acquis des exploitations minières, etc. Ces dollars étaient, en définitive, un crédit gratuit aux États-Unis qui pourraient fonctionner comme une gigantesque banque internationale. Les États-Unis étaient un de ces pays usuriers dont parle Lénine.

La perte de l'hégémonie économique des États-Unis

Avec le temps la position impérialiste des États-Unis s'affaiblit face à la remontée de ses concurrents le Japon et l'Allemagne spécialement. La corrélation des forces changea, conséquence de la loi du développement inégal, qui, comme disait Lénine "se manifeste d'une manière particulière par la décomposition des pays les plus forts en capital" (dans L'impérialisme, stade suprême du capitalisme). Leurs exportations croissaient au rythme de 31% (en dessous de la moyenne mondiale de 53%) tandis que les européennes suivaient le rythme de 81%. Leur balance de paiement devint déficitaire, ils perdirent rapidement leurs réserves d'or qui devinrent incapables de garantir l'émission de dollars, en circulation à travers le monde. Tandis qu'en 1949 les réserves d'or des États-Unis dépassaient de 18.100 millions de dollars placés à l'étranger, en 1960 ceux-ci dépassaient les réserves de 800 millions. En 1949 les États-Unis accaparaient 70% des réserves mondiales d'or, en 1972 ce pourcentage s'était réduit à 8%.

À la différence de l'après-guerre les États-Unis, maintenant, ne sont pas capables, seuls, de dicter la politique financière du monde et se voient obligés de se mettre d'accord avec leurs rivaux les plus directs. D'autres monnaies (le mark, le yen) prennent progressivement la relève du dollar jusqu'à présent hégémonique et imposent une négociation commune. C'est pourquoi ont surgi, dans les années soixante-dix, ces fameux sommets de chefs d'état des grandes puissances, tel le G7. Les finances internationales ne pourraient continuer à être liées exclusivement à la monnaie des États-Unis.

Le nouveau rapport de forces obligeait à mettre le dollar à sa véritable place, à le dévaluer et cela signifie affaiblir puissamment la position internationale des États-Unis. En 1971, pour la première fois depuis 1898 leur balance commerciale fut déficitaire et Nixon dut réclamer l'aide des grandes puissances impérialistes pour soutenir la parité du dollar; elles refusèrent; il dut dévaluer le dollar et recommence une fois de plus en février 1973. Le dollar perdit 37% de sa valeur face au yen et 50% face au mark. Le prix de l'once d'or passa de 35 dollars à quasi 900 dollars quelques années plus tard. Plus simplement les États-Unis étaient un pays insolvable et Nixon ne fit que le reconnaître publiquement en août 1971.

Par ailleurs la dévaluation favorise l'exportation de marks et de yens vers les États-Unis où débute l'achat d'entreprises à prix soldés. Les États-Unis perdent leur hégémonie dans l'exportation de capitaux comme ils l'avaient perdue dans l'exportation de marchandises. Les accords de la Jamaïque en 1976 sanctionnent formellement la fin des parités plus ou moins étroites et reconnaissent la libre flottaison des devises. Mais on observe qu'elles ne flottent pas individuellement sinon groupées par zones d'influence. En réalité seules flottent les devises les plus fortes et les autres suivent étroitement les fluctuations de leur monnaie de référence. C'est la reconnaissance financière de la formation de blocs impérialistes rivaux.

Mais il suffit de vérifier les dates pour se rendre compte que ne jouent pas seulement les contradictions inter-impérialistes. Une autre des causes fondamentales du déficit des États-Unis est la lutte des peuples du monde pour leur libération sociale et nationale qui les obligea à maintenir un coûteux dispositif militaire réparti dans le monde entier. La guerre du Viêt-nam était alors à son apogée. Les pays dépendants, spécialement le groupe des non-alignés qui surgit précisément alors, parvinrent à augmenter le prix des matières premières sur le marché mondial, dont le prix du pétrole, ce qui conduisit les puissances impérialistes à une force récession. L'exacerbation de toutes les contradictions en même temps l'impérialisme au bord du précipice.

Tout le système financier international imposé par les États-Unis après la guerre s'était écroulé. Il n'existait plus d'hégémonie, sinon une rivalité entre les puissances impérialistes. La flottaison des monnaies entraîna une phase d'instabilité et de spéculation à grande échelle dans les finances internationales de la part des groupes monopolistes mondiaux qui plaçaient leurs excédents de capitaux dans les devises les plus fortes, qui se réévaluaient, ou dans d'autres qui donnaient des taux d'intérêt plus élevés. N'importe quel mouvement dans les taux de change ou dans les taux d'intérêts déplace automatiquement de grandes masses de capitaux d'un marché à l'autre, d'un pays à l'autre. Les crises financières sont chaque fois plus spectaculaires tandis que le Mexique eut seulement besoin de 50.000 millions de dollars pour sortir de la banqueroute, trois ans après les pays du Sud-Est asiatique ont utilisé 111.000 millions et ils n'ont pas encore vu le fond du puits. Naturellement arrivés à ce point nous pourrions nous demander où est ce néolibéralisme qui a besoin d’injecter 111.000 millions de dollars dans les marché pour sortir de la banqueroute au lieu de laisser les monnaies et les actions coter librement (et donc s'enfoncer).

L'instabilité financière est consubstantielle à l'anarchie du marché capitaliste et s'intensifie avec l'entrée de celui-ci dans sa phase monopoliste et impérialiste. Le calme maintenu après la guerre par les accords de Bretton-Woods fut artificiel; il se fondait sur une hégémonie, celle des États-Unis qui était destinée à disparaître parce que la rivalité, et non l'hégémonie, est la caractéristique de cette nouvelle étape économique et sociale.

L'échec de la politique néolibérale de Reagan pour retrouver l'hégémonie

Le poids économique et politique des États-Unis est tombé en chute libre dans ce nouveau contexte de rivalité et d'affrontement. Après la tentative de Reagan de retrouver l'initiative, au début des années quatre-vingt, la crise de l'impérialisme américain est encore plus grande. En particulier Reagan méprisait les contacts avec les autres puissances et prétendait suivre sa propre voie. Pour ce faire il s'embarqua dans une frénétique politique de dépenses militaires qui provoqua un fort endettement public, spécialement élevé quand Reagan diminua les impôts mais augmenta les dépenses par des projets fantastiques comme la fameuse "guerre des étoiles". De telles dépenses étaient indispensables dans le cadre d'une offensive destinée à retrouver l'initiative dans le monde. De 1974 à 1986 le déficit public des États-Unis fut multiplié par quatre et passa de 2,8% du produit national brut dans la décade de soixante dix à 4,9%. L'augmentation incessante du déficit budgétaire augmenta la dette publique, s'ajouta au fort endettement de tout le système économique qui dépasse les huit milliards de dollars, soit 180% du PNB. Bien que récemment les États-Unis soient parvenus à équilibrer leur budget et même espèrent cette année clore les comptes sur un excédent, il est certain que leur système économique est une fabuleuse bulle d'air, gonflée de crédit, qui menace d'éclater à tout moment.

Le déficit extérieur est aussi impossible à arrêter depuis les années soixante et dénote la perte de compétitivité des monopoles américains face aux japonais et aux allemands sur le marché international. Le rythme des exportations diminue, celui des importations augmente. Les capitaux sont surclassés à l'extérieur et perdent des marchés à l'intérieur. Les États-Unis ont changé leur statut financier international: de plus grand créancier ils sont devenus le plus grand débiteur. N'importe quel banquier mettrait ce pays en faillite n'était-ce les possibilités dont il dispose pour émettre des dollars appuyés par sa machinerie militaire. Bien évidemment c'est un géant aux pieds d'argile.

Le dollar commença sous Reagan une série de réévaluations qui dura jusqu'en 1985 et qui augmenta encore plus le déficit extérieur La hausse du dollar était le signe de l'effort des monopoles américains pour récupérer leur hégémonie. Elle s'obtint en élevant le taux d'intérêt pour tenter d'attirer des capitaux étrangers qui compenseraient le déficit de la balance des comptes-courants. Les taux d'intérêt s'élevèrent à 7% au milieu des années soixante-dix à 14% en 1985, avec une courbe clairement ascendante durant la période Reagan. Les taux atteignirent alors des montants que le capitalisme n'avait plus connus depuis la Révolution française. Le processus ne dura pas longtemps: en 1985 le dollar commença à nouveau à chuter face au yen et au mark. à la veille de la crise boursière d’octobre 1987 le dollar atteint son minimum depuis 1949.

A partir de 1985 commença une période de trouble sur les marchés internationaux. L'équilibre des forces était très instable et les indicateurs économiques traduisaient la fragilité de tout le système. Les impérialistes nord-américains s'aperçurent qu'ils ne pouvaient continuer seuls, ni maintenir la même politique hégémonique: ils durent pactiser avec les autres puissances par l'Accord de Plaza en septembre 1985 et furent obligés de dévaluer le dollar. La politique économique néolibérale de Reagan fut un fiasco selon son propre mentor et la politique extérieure de même. En mars 1986 les États-Unis attaquèrent la Libye, l'année suivante une plate-forme pétrolière iranienne du Golfe persique, mettant en péril la fourniture de pétrole et risquant une nouvelle montée des prix des dérivés du pétrole qui avaient baissé et contribuaient à améliorer les profit industriels. Il ne s'agissait pas seulement d'une agression contre deux états indociles à l'égard de l'impérialisme, deux économies très vulnérables du fait de leur dépendance pétrolière. Le sentiment d'incertitude s'empara des marchés financiers internationaux.

freiner la dévaluation du dollar.

augmentation des taux d'intérêt aux États-Unis et baisse dans les autres pays.

intervention des banque centrales de tous les pays pour soutenir le dollar.

La politique économique prit un tournant. Les grandes puissances considérèrent que le dollar avait assez baissé. Sa dévaluation bénéficiait aux exportations américaines et nuisait aux japonaises et aux allemandes. Personne ne pouvait offrir aux États-Unis l'avantage de récupérer sa capacité compétitive sur les marchés internationaux au détriment des autres puissances.

Les accords du Louvre furent un échec total. De retour chez soi, chacun donna priorité à ses problèmes, graves, pensa à lui plutôt qu'aux autres. Les banques centrales des sept puissances gaspillèrent jusqu'à 60. milliards de dollars de réserves pour appuyer le dollar tout au long de 1987, mais ce fut inutile. Le dollar chuta et sa baisse fut encore plus forte qu'auparavant. L'augmentation des réserves en dollars des banques centrales japonaise et allemande entraîna une dangereuse poussée inflationniste que l'on dut combattre en élevant les taux d'intérêt, contrairement aux accords signés.

Les contradictions inter-impérialistes se renforcèrent extraordinairement à l'automne de 1987. Les menaces cessèrent de n'être que des paroles. Le ministre allemand des Finances, Stoltenberg et le président de la Bundesbank, Otto Poehl, augmentèrent unilatéralement les taux d'intérêts, mettant fin ainsi à la politique de défense du dollar, à l'encouragement à l'entrée de capitaux aux États-Unis pour financer leur déficit. Baker répondit alors: "Si les Allemands croient nécessaire de durcir leur politique financière qu'ils n'espèrent pas que nous restions les bras croisés attendant la déflation en augmentant nos taux d'intérêt!" Dans cet échange d'accusations Baker menaça de continuer à laisser tomber le dollar face au mark. Tous les accord, énumérés solennellement dans l'Accord du Louvre quelques mois plus tôt, s'écroulèrent et la catastrophe menaça. La perte de confiance dans la politique économique des grandes puissances atteint un maximum.

La chute de la bourse était prévisible; le système bancaire, comme disait Marx souffre d'un "excès de sensibilité" qui le rend sensible à tout virus introduit dans le fonctionnement de l’économie. Les bourses internationales s'écroulèrent littéralement en octobre de 1987 et, rompant tous les clichés néolibéraux, les gouvernements dictèrent de nouvelles normes de contrôle. L'Espagne, par exemple, promulgua une loi de réorganisation boursière en juillet de l'année suivante et créa la Commission nationale du marché des valeurs pour la surveillance, et la discipline de toutes les entreprises cotées sur les bourses espagnoles. Au désespoir des néolibéraux l'interventionnisme le plus effronté s'imposa.

L'emprise du yen décline

Le Japon est une grande puissance impérialiste qui réussit sont "miracle" économique grâce aux guerres impérialistes déclenchées par les États-Unis après la Seconde guerre mondiale, d'abord la guerre de Corée (1950-1953), ensuite celle du Viêt-nam (1964-1975), plus son rôle remarquable dans la guerre froide contre l'U.R.S.S. et la Chine dû à sa position stratégique dans le sud-est asiatique. Ces mêmes conditions favorisèrent le décollage industriel de ses voisins "les dragons": Corée, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Taiwan, Singapour, où les grandes firmes multinationales exploitent sans compassion le travail esclave des enfants du lever au coucher du soleil. Ainsi se confirmait une fois de plus la thèse du développement inégal de Lénine, selon laquelle, une fois arrivés à un point de croissance maximum, les vieilles puissances impérialistes vieillissent et déchoient favorisant le lancement économique des pays émergeants: "Là où le capitalisme croit avec la plus grande rapidité c'est dans les colonies et dans les pays d'outremer". Cette thèse dialectique est une chose que les économistes bourgeois ne peuvent comprendre dans l'absolu: le Japon croit du déclin relatif des États-Unis, et à leur tour, les dragons croissent à l'ombre du déclin japonais.

La position du yen, après avoir atteint un niveau historique en avril 1995, avec une parité de 84 yens pour un dollar, est tombée spectaculairement en avril 98 à 132 yens par dollar. Le Japon se trouve devant une profonde récession et atteint les plus haut niveaux de chômage depuis la fin de la guerre, 4% des travailleurs. Malgré un ambitieux plan d'investissements publics de 20 billions de pesetas (2,5% du PIB) tout indique que le Japon non seulement ne verra pas croître sa production mais la verra se réduire. Le miracle économique japonais n'est pas arrivé au zénith et se trouve devant la réalité palpable de la surproduction massive.

En particulier le Japon se trouve face à l'apparition d'une grande superpuissance: la Chine, dont le spectaculaire développement économique, basé sur l'appui des États-Unis, est à l'origine de la crise des pays du sud-est asiatique. Le recul des "dragons" nuit au Japon, renforce la position de la Chine comme refuge monétaire stable, et, au rebond bénéficie aux États-Unis. La revalorisation du dollar face au yen perturbe gravement les exportations des "dragons" qui maintenaient des parités fixes avec le dollar, et tous ces marchés sont tombés finalement sous la sphère d'influence chinoise qui, en outre, a récupéré sa souveraineté sur Hong-Kong, le fera prochainement sur Macao et à moyen terme sur Taiwan, un des "dragons".

La crise japonaise a divisé profondément les pays du G7: "Maintenant le G7 paraît divisé avec le FMI et les États-Unis d'un coté et le Japon de l'autre… Sur la position japonaise plane la conscience que le rôle dominant du dollar, dans lequel opèrent ses propres satellites économiques, le condamne à perdre quelle que soit la réorganisation du système financier international.

Le FMI, allié aux États-Unis, à l'Allemagne et au Royaume-Uni le pressent de liquider la part non rentable de son secteur bancaire et d'ouvrir ses portes à l'investissement étranger. Dans la forme l'affrontement entre le FMI, le G7 et le Japon est très semblable à celui qu'a traditionnellement les Fonds avec les pays en voie de développement ou non industrialisés en crise ou fortement endettés" (El País Negocios, 26 avril 1998). Le Japon paraît maintenant l'empire du soleil couchant et les autres puissances impérialistes commencent à le traiter comme un pays dépendant. Si sa crise se prolonge il court le risque d'être englouti par les autres requins du G7, prêts à dévorer les restes du naufrage.

Le traité de Maastricht de décembre 1991

Les monopoles européens ont définitivement compris, non qu'ils ne peuvent continuer à soutenir le dollar, mais qu'ils doivent profiter du moment pour en finir avec le dollar et imposer leur propre monnaie dans tout le monde capitaliste. Par lui-même le mark allemand manque d'un appui international suffisant pour se substituer au dollar, et d'autre part relancer le mark aurait créer une sérieuse méfiance parmi les autres associés européens qui se seraient sentis de simples comparses de l'Allemagne. D'où le "Plan Delors" de 1989 et la signature en décembre 1991 du fameux traité de Maastricht qui créa la monnaie unique. Jusqu'alors les monnaies européennes s'affrontaient au dollar une par une. Il ne s'agissait pas seulement d'un problème de division interne sinon que ce fonctionnement entraînait la spéculation des unes contre les autres. L'euro apportera beaucoup plus de solidité et évitera la spéculation contre lui en s'appuyant sur une seule Banque Centrale et les réserves unies de pas moins de onze grandes e moyennes puissances.

Cela représente un problème de plus pour les États-Unis. Comme le disait El País le 27 avril 1998: "L'euro naît au moment où la quantité de dollars dont disposent, au total, les onze est si élevée que le principal problème sera de les écouler peu à peu sans provoquer une dépréciation indésirable de la devise verte". L'éventuelle vente massive de dollars par les banques européenes créerait des difficultés supplémentaires pour le dollar.

Aujourd'hui la présence du dollar sur les marchés financiers ne correspond absolument pas au poids économique réel des États-Unis. Plus de 60% des réserves des banques centrales se composent de dollars face à 20% des monnaies européennes. Tandis que les exportations américaines égalent seulement 12% du total mondial celle d'Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie équivalent à 27%; mais presque la moitié du commerce mondial est comptabilisé en dollars (15,5% en marks et 12% en yens). Tandis que la balance des paiements européenne a un excédent de 140 milliards de dollars les États-Unis maintiennent un déficit chronique de l'ordre de 200 milliards qui augmentera promptement à 300 milliards du fait de la crise asiatique, ce qui continuera à alimenter l'instabilité du dollar; cela signifie que les capitaux finiront par se réfugier progressivement dans l'euro pour éviter les secousses de la devise américaine.

L'intégration économique de l'Union européenne ne se renforce pas pour créer l'euro, sinon justement, le contraire: la nécessité de lancer une monnaie unique force les pays de l'Union à faire une pirouette dans le vide dont ils ne savent pas comment il vont sortir. Les états nationaux ne disparaissent pas, il ne s'agit pas d'un problème de "fédéralisme européen" mais d'une action concertée de quelques unes des puissances européennes face aux États-Unis. La monnaie unique n'est que la conséquence de l'établissement d'une parité fixe entre les monnaies européennes, parité qui devenait déjà étroite dans le Système monétaire européen implanté en 1979. La convergence a favorisé le passage d'une fluctuation très petite entre les monnaies européennes à une parité fixe. Mais cela, pour être très important, n'est pas un changement définitif car le FMI aussi exige des fluctuations étroites ente les monnaies. Il y a eu des pays : l'Argentine et Hong-Kong, qui ont imposé des parités fixes de leurs monnaies par rapport au dollar sans que personne n'ait parlé de fédéralisme. L'euro seulement, suppose un regroupement de forces pour rivaliser avec succès avec les États-Unis, pour maintenir un front uni face à l'extérieur. Cela oblige à renoncer à la politique monétaire et aux dévaluations compétitives de certains pays européens contre les autres, c'est à dire à adoucir la compétition interne des puissances européennes. Logiquement il s'agit de cela et rien de plus, sur les autres terrains la compétition entre eux redouble. Par exemple la lutte entre la France et l'Allemagne continue, y compris sur des sujets aussi apparemment absurdes que la nomination du premier président de la Banque centrale européenne pour laquelle les coups de dents furent à l'ordre du jour au point de mettre en péril tout le montage publicitaire.


Notes:

(1) Lénine: "L’impérialisme stade supérieur du capitalisme", Oeuvres complètes

(2) David A. Stockman: "Le triomphe de la politique. Pourquoi la Politique de Reagan a échoué", Grijalbo, Barcelone, 1986

(3) K. Marx: "Le Capital, Critique de l’économie politque", Fondo de Cultura Económica México, 1973 tome III, pag. 535.

(4) Lénine "L’impérialisme, stade supérieur du capitalisme".