Je m’accuse

M.P.M. (Arenas),
en détention préventive à la prison de Fresnes

Je ne m’arrêterai pas dans cette lettre sur les aspects juridiques, qui ne sont pas de ma compétence, de la procédure ouverte en France contre mon parti, prolongation de celle qui dure depuis 25 ans en Espagne. Je souligne le mot "parti" parce que c’est précisément de cela qu’il s’agit: criminaliser une organisation politique prolétarienne révolutionnaire. C’est une chose déjà démontrée au cours de l’instruction du dossier de la police.

Pour cette raison je veux que les choses soient claires, j’ai déclaré à la police et confirmé au juge Bruguière que je me sens "coupable" d’un "délit": être communiste depuis l’âge de 14 ans et avoir combattu depuis lors au côté de mes camarades contre "l’ordre" injuste de la bourgeoisie. Je veux qu’il soit clair également que je n’ai pas la moindre intention de renoncer à être un militant communiste et moins encore, comme on peut le comprendre à me "repentir" d’avoir combattu, de façon conséquente, pendant 40 ans le régime tyrannique qui continue à dominer l’Espagne. Tant qu’il me restera des forces, et dans le mesure où les circonstances où je me trouve me le permettront, je continuerai la lutte contre les ennemis féroces de ma classe et de l’humanité toute entière(...)

Je crois nécessaire de faire référence à quelques aspects politiques de ce procès contre le PCE(r), aspects que la majorité des gens ne prennent pas en compte, ou n’aperçoivent pas, et qui sont cependant très importants.

Il s’agit d’un procès politique entrepris sur décision politique et dont l’Etat espagnol a pris, dès le début, l’initiative. C’est cela qui doit bien être pris en compte.

Il faut dénoncer les pressions politiques et économiques que l’Etat espagnol exerce, depuis bien des années, sur les autorités françaises pour qu’elles s’impliquent directement dans la lutte dite "anti-terroriste", ou sale guerre, que mène l’Etat espagnol, par l’emploi systématique de la violence et du terrorisme d’Etat, pour empêcher et écraser toute forme de protestation ou revendication politique et sociale démocratique des travailleurs espagnols. Il est bien connu que l’Etat espagnol a envoyé, à diverses reprises, en France, ses escadrons de la mort commettre tous types de méfaits et d’actes criminels (assassinats, séquestrations, extorsions de fonds) contre les réfugiés basques, au cours desquels de nombreux citoyens français ont été affectés gravement. En 1979 deux militants de mon parti (Francisco Javier Martín Eizagirre et Aurelio Fernández Cario) ont été assassinés à Paris par des mercenaires envoyés par la police politique espagnole. Il est évident que tous ces actes criminels, véritablement terroristes, commis sur ordre d’un Etat de la "Communauté internationale" avaient pour but de forcer la France à collaborer à la répression du mouvement nationaliste basque ainsi que du mouvement ouvrier et populaire en Espagne.

Il a été reconnu par des juges espagnols, nullement "suspects" de sympathie à l’égard du mouvement populaire, que la création, le financement et la direction des GAL assumés par l’Etat espagnol au début des années 80, sous le gouvernement socialiste, avaient pour but d’impliquer directement l’Etat français dans la sale guerre. Les GAL, organisation terroriste de l’Etat espagnol ont été formellement "dissous" au moment où ils n’étaient plus nécessaires, lorsque la collaboration française dans "la lutte contre le terrorisme" fut assurée. Il et clair, qu’alors, on n’avait plus besoin des GAL, l’Etat français prêtant une collaboration beaucoup plus efficace, et naturellement plus légale, que celle fournie par les mercenaires engagés précédemment dans le même but.

Il est une réalité qu’il n’est pas possible de cacher, même si on s’obstine à le faire: l’Etat espagnol continue d’être un Etat fasciste et emploie les mêmes méthodes qu’autrefois pour réprimer le mouvement ouvrier et populaire malgré la "réforme politique et les méthodes, d’embellissement qu’il a utilisées. Cette réalité se manifeste tous les jours en Espagne. Il suffirait de la prendre en compte pour renverser tous les mensonges policiers et les fausses accusations qui sont utilisés contre le PCE(r) et découvrir la nature essentiellement politique de ce montage "judiciaire".

Mais s’il restait des doutes à ce sujet je rappellerai aux "oublieux" que l’Espagne (ses peuples et la classe ouvrière) fut l’unique pays d’Europe qui résista au fascisme "intérieur" au cours d’une guerre cruelle qui dura près de trois ans. Je veux rappeler aussi, qu’après la fin de la guerre et le triomphe des armées mercenaires de Franco, les fascistes "victorieux" fusillèrent, après les avoir torturés, plus de 200.000 républicains, la majorité d’entre eux ouvriers et paysans. C’est un chiffre officiel qui ne comprend pas les "disparus" et les autres très nombreuses victimes de la terreur fasciste qui moururent dans les prisons, dans les camps de travaux forcés et en exil abandonnés par tous les soi-disant "démocrates".

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de démontrer que l’Etat fasciste espagnol a été le seul au monde à se maintenir "inchangé" dans sa forme ouvertement terroriste, durant plus de 40 ans, sans que les maîtres actuels du pouvoir et de la majorité des richesses du pays (amassées par le sang du peuple) aient eu la dignité de "le condamner" même pour une question de "forme" au nom de cette "démocratie" et du "nouvel Etat de droit" qu’ils disent défendre. Il est naturel qu’ils agissent ainsi car, "légitimes" héritiers de Franco, il craignent et ont assez de motifs de craindre que cela puisse entraîner un procès pour crimes contre l’humanité, commis en Espagne; procès au cours duquel ils seraient, sans aucun doute, accusés.

Cette réalité et bien d’autres, comme le manque de droits dont souffrent encore les travailleurs, l’oppression des nationalités, la pratique systématique de la torture, l’existence de centaines de prisonniers politiques dans les prisons, conditionnent la vie politique et sociale du pays et exacerbent à l’extrême la lutte de classe entraînant un mouvement de Résistance antifasciste de plus en plus large et mieux organisé. C’est ce nouveau mouvement de Résistance qu’ils tentent d’écraser par tous les moyens y compris le terrorisme d’Etat.

Logiquement la collaboration que prête la grande bourgeoisie française aux oligarques et fascistes espagnols n’est pas gratuite, car il y a beaucoup d’intérêts économiques, commerciaux et géostratégiques en jeu sous la marque "Union européenne". Nonobstant, nous savons très bien que l’oligarchie espagnole, à part le avantages et bénéfices quelle obtient de l’intensification de ses relations avec l’Europe, n’est pas réellement intéressée par le "projet européen". Son intérêt fondamental est la "reconquête" ou la recolonisation de l’Amérique latine où elle investit déjà la majorité de son capital "excédentaire". Il est clair que pour obtenir cette "place au soleil" du nouvel impérialisme elle doit compter sur l’autorisation de son protecteur, le gendarme yankee, qui de plus, domine cette zone de manière quasi-absolue. D’où la soumission du gouvernement Aznar aux diktats politiques et militaires des Etats-Unis, d’où aussi qu’il agit avec le gouvernement anglais comme "cheval de Troie" des yankees au sein de l’Union européenne et profite de toutes les opportunités de saboter les initiatives des ses "associés" allemands et français qui veulent créer une grande puissance impérialiste européenne capable de rivaliser avec les Etats-Unis et de leur disputer la domination du monde (....) La bourgeoisie monopoliste française a fait un très mauvais calcul si elle croit que collaborer avec les fascistes espagnols dans la "lutte antiterroriste" va permettre de les attirer dans son camp(...)

De quels délits nous accuse-t-on?

Ils ont lancé contre nous, les militants du PCE(r), arrêtés et détenus en France; l’accusation de faire partie d’une "association de malfaiteurs" impliquée dans de actes de "terrorisme" pour le seul fait que nous prêtions un appui politique et moral à la lutte armée de résistance antifasciste qui se déroule en Espagne depuis les années 40. Pour peu ils nous auraient accusés d’avoir inventé la lutte de classe sous toutes ses formes. En réalité les interrogatoires policiers et judiciaires auxquels j’ai été soumis ont fait seulement ressortir nos idées politiques révolutionnaires et l’histoire des luttes de note parti. Sont ressorties également les longues condamnations qu’on nous a imposées en Espagne et que j’ai moi-même subies pour ces mêmes "délits", ainsi que les tortures, les vexations de tout type, les continuelles persécutions policières et les nombreux assassinats de militants dont nous avons souffert pour la même cause depuis plus de 25 ans.

Où sont les preuves des "délits de terrorisme" que l’on nous attribue? Notre appui politique et moral à l’héroïque résistance armée antifasciste en Espagne non seulement n’est pas un délit, c’est un devoir pour tout véritable démocrate et révolutionnaire, parce qu’il s’agit d’une lutte juste et légitime, un droit consacré par toute constitution démocratique: le droit qu’a tout peuple de cette terre de se dresser en armes contre la tyrannie. Nous les communistes d’Espagne ne renoncerons jamais à ce droit. Mais le fait est que les juges espagnols n’ont pas osé lancer cette accusation contre le PCE(r) après qu’il eût été démontré cent fois qu’elle était infondée. Ils furent sans doute influencés par l’ascendant croissant de notre part sur les masses ouvrières et les autres secteurs de travailleurs qui connaissent les activités réalisées par le PCE(r) pour défendre leurs droits.

Une "association de malfaiteurs" qui publie régulièrement un périodique Resistencia et une revue théorique Antorcha ainsi que de nombreux livres et brochures. Une "association de malfaiteurs" pour laquelle de nombreux martyrs de la cause ouvrière et populaire ont donné leur vie, et qui a actuellement dans les prisons des dizaines de ses militants, soumis à la torture constante de l’isolement pour de longues durées, qui dans certains cas dépassent 23 ans, pour le "délit" d’être fidèles à leur classe et leur idéal communiste et pour refuser les offres indignes de "réinsertion" que prétend leur imposer l’Etat. Une "association de malfaiteurs" qui est reconnue par le prolétariat révolutionnaire de nombreux pays pour sa politique révolutionnaire conséquente et pour son internationalisme prolétarien.

Telle est la réalité, et telles sont les charges que l’on nous impute, pour lesquelles nous allons être "jugés" et condamnés.

Manuel Pérez Martinez (Arenas)
Prison de Fresnes le 20.1.2001