Ni oubli, ni réconciliation!

Antorcha, nº 7, février 2000

Les faits importants demeurent toujours dans la mémoire des peuples et tôt ou tard ces souvenirs remontent à la surface malgré l’oubli et la peur du Pouvoir. C’est ce qui arrive actuellement pour les bestialités commises par les fascistes durant et surtout après la guerre de résistance antifasciste de 36. Regardez comme les nouveaux phalangistes les psoistes les carrillistes s’efforcent obstinément de cacher ces horreurs au nom de la "transition démocratique", en vain aujourd’hui dans les librairies, les universités, les pages de presse et jusque dans les cinémas la barbarie qui s’abattit sur la terre et les peuples d’Espagne, après la déroute des forces populaires et antifascistes, est devenu un thème usuel.

Il est clair que nous n’avons pas l’ingénuité de croire qu’il s’est éveillé chez les intellectuels du régime un irrésistible "amour de la vérité". C’est la crise qui les affecte tous, qui a fait surgir inopinément ces épisodes qu’ils croyaient enterrés pour toujours. Mais même ainsi ils ne reconnaissent pas l’évidence et une fois renversés les tabous que le régime avait imposé, tous se pressent à détourner l’attention, à édulcorer le message; il en résulte que l’on doit se souvenir, mais pour oublier, pour pardonner et pour atteindre une véritable réconciliation.

Nous devons reconnaître que la chose n’est pas facile pour ces canailles "néo-réconciliatrices". Où cacher les 200.000 fusillés, la même proportion de morts de faim et de maladie, les 300.000 à 500.000 emprisonnés, les 700.000 anciens combattants enfermés dans les camps de concentration. Comment taire le million d’exilés dont beaucoup finirent dans les camps d’extermination nazis où plus de 10.000 furent assassinés? Hé bien maintenant ils prétendent que le peuple "s’est réconcilié" avec toute cette horreur, qu’il remercie la monarchie imposée par Franco, qu’il oublie les années pendant lesquelles chaque famille, du fond de l’Espagne, gardait la mémoire de ses "paseados", fusillés, emprisonnés, torturés, disparus, dans un silence justifié par la peur.

Toute cette "histoire" nous disent les "académiciens" fut une "douleur inévitable", provoquée par les excès des deux parties, "répètent les humanitaires", pendant que l’Eglise demande "le pardon de Dieu" pour tous victimes et bourreaux. Peut-être ce vain bavardage va-t-il faire taire les cris des milliers d’hommes et de femmes humilités et torturés par les bandes phalangistes dans les postes militaires et les commissariats? Va-t-on réintégrer les 300.000 licenciés, parmi lesquels 7.000 maîtres d’école? Et maintenant que nous parlons de restitution: que va-t-il se passer avec les libertés volées? Leur "réconciliation" va-t-elle nous ramener les milices ouvrières et paysannes, l’expropriation des latifundia et des entreprises monopolistiques, l’amnistie des prisonniers politiques, les authentiques libertés démocratiques votées par le peuple le 16 février 1936? En somme, vont-ils nous rendre la République populaire?

Quand ce collaborateur des tortionnaires, qu’est le juge Garzon, annonce la fausse inculpation des dictateurs du cône sud-américain, tous ces "apôtres de la vérité" donnent leur amen démocratique. Que se passe-t-il pour nos Videla et Pinochet? Si au Chili il y eut, selon Amnesty International, 3.197 morts et disparus entre 1973 et 1990, que faudrait-t-il faire pour "nos" un million d’assassinés? C’est un fait qui ne résiste à aucune comparaison et qu’ils se sont chargés de garder secret: l’orgie de sang à laquelle se sont livrés Franco, la Légion, la Phalange et les propriétaires terriens n’a eu ni précédent ni modèle dans l’histoire de l’Occident. Aucune dictature qui vint par la suite, pas même les nazis en leur temps, ne se livrèrent contre leur propre peuple aux sauvageries que perpétuèrent les fascistes espagnols! Et ils n’ont jamais été punis!

Nous ne pouvons pas oublier, nous ne pouvons pas nous réconcilier, nous ne vendrons pas notre silence contre les miettes de leur sale démocratie! Les causes à l’origine du soulèvement des militaires contre la République, la défense des intérêts des grands monopoles sont toujours présentés, et le bain de sang dans lequel il noyèrent le désir de liberté de tout un peuple continue à nous menacer pour peu que nous tentions de résister à l’exploitation à laquelle ils nous soumettent. Nous devons être prêts.