Congrès mondial pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique

Placer haut le drapeau

Manuel Pérez Martínez (Arenas)
Prison de Fresnes, le 13 avril 2001

Chers Camarades,

Je reçois régulièrement, traduits en espagnol les textes qui sont publiés par la revue Northstar Compass, et il me paraît nécessaire de vous faire part de l’intérêt avec lequel je suis les diverses initiatives et les travaux préparatoires que vous lancez, depuis ces pages, pour la tenue, en septembre prochain à Toronto, du Congrès mondial pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique.

Comme on le sait, notre Parti participe activement à la réalisation de ce grand projet internationaliste (avec d’autres partis frères, associations, groupes, organes de presse anti-impérialistes etc., de nombreux pays) et nous continuerons à faire les efforts maximum pour que soient remplis et dépassés autant que cela sera possible, les tâches et les buts qui ont été fixés.

Il faut dire que ce Congrès n’a pas à répéter les expériences déjà dépassées par le mouvement communiste international. Sa fonction et les missions qu’il s’est proposé sont plus modestes et limitées. C’est sans aucun doute, l’intention de ses inspirateurs et organisateurs. Autre grande réussite à noter est le caractère ouvert et large (de "Front") qu’a adopté par principe et que doit poursuivre le mouvement pour l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique (qui certainement recevra une forte impulsion à la suite du Congrès mondial). Ce n’est pas une raison de négliger son importance, ni l’énorme répercussion qu’il a parmi les ouvriers avancés et les communistes du monde entier. C’est pourquoi il ne me paraît pas exagéré d’affirmer qu’il peut constituer une bonne plate-forme permettant d’autres pas importants vers la réorganisation du mouvement ouvrier et communiste international.

Ce n’est pas un hasard si le premier pas que nous faisons ensemble soit destiné à encourager l’amitié et la solidarité avec le peuple et les communistes soviétiques, en raison de tout ce qu’ils ont représenté et représenteront encore dans un avenir plus ou moins rapide. Ce n’est pas un hasard non plus pour les communistes d’Espagne que notre Parti, le PCE(r), ait occupé la place qui lui revient dans le combat international pour la cause du socialisme et du communisme, une place qui, on le sait bien, avait été usurpée durant longtemps par la canaille carrilliste.

Nous ne nierons pas que dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres aspects de notre activité révolutionnaire nous sommes très ambitieux et un peu utopiques, en prétendant obtenir plus que ce qui sera probablement atteint au Congrès mondial de Toronto. Nous ne refusons pas de reconnaître que nous voulons "tout", c’est à dire que nous ne nous satisfaisons pas "d’un peu" de solidarité ou de socialisme. C’est pourquoi nous devons placer notre drapeau très haut, nous fixer des objectifs "irréalistes", nous montrer fermes lorsque nous devons être fermes comme un roc et "prendre des risques", camarades, "oser lutter" avec audace et passion pour tout ce que nous considérons juste, comme de plus l’exige le moment historique que nous sommes en train de vivre.

Je pense que ce sera le meilleur apport que nous puissions faire au peuple soviétique et à son avant-garde communiste pour les aider, avec nos modestes forces, à sortir de l’abîme profond où la trahison révisionniste les a plongé, et ce sera, n’en doutons pas, une aide considérable pour nous-mêmes.

Sur cela en particulier j’ai quelques objections à faire à la "déclaration" de Ray Stevenson à propos de propositions qu’avaient présentées notre Parti (voir NSC n°9 du 3 octobre 2000).

Stevenson est d’accord que "Ce qui est fondamental dans la lutte des classes pour tourner le dos à l’actuelle situation est [...] l’œuvre et l’orientation des grands maîtres Marx, Engels, Lénine et Staline" et dit clairement que seul le marxisme-léninisme peut doter la classe ouvrière et les peuples "de la plate-forme et du programme qui nous rapprochent de la fin de la domination des transnationales impérialistes et finalement de leur éventuelle destruction. Dans notre opinion," poursuit Stevenson, "c’est une tâche fondamentale posée à chacun et à tous les partis communistes du monde". Cependant une fois proclamée cette opinion, en reconnaissant deux fois dans le même texte qu’il s’agit de la "tâche fondamentale"; Stevenson recule, inexplicablement, effrayé par les risques qu’elle comporte et nous demande de faire de même, ou bien que nous la laissions de côté pour nous consacrer à d’autres tâches qui ne sont pas aussi "fondamentales": "Ce qui doit être fixé et sur lequel il faut chercher un accord [...] est de savoir si le Congrès va être ou non matière à discussion et soumis à des débats illimités sur les problèmes idéologiques à multiples facettes dont nous savons qu’ils existent. Nous sommes fermement convaincus que maintenir cette perspective est irréaliste et, en fait, potentiellement dangereux pour les buts que nous partageons" conclut-il.

Je regrette d’avoir à tenir le rôle de trouble-fête, mais il me semble que cette question a été l’une des plus importantes posées au cours des travaux préparatoires préalables à la tenue du Congrès mondial et que, pour cette raison, elle restera présente au cours des sessions. C’est pourquoi nous devons lui prêter l’attention qu’elle mérite, au moins dans ses aspects essentiels. Tout d’abord je ne me propose pas de polémiquer, entre autres motifs, parce que "je comprends" les bonnes intentions qui animent la critique que nous a adressé le camarade Stevenson.... Seulement on peut se lamenter comme avait l’habitude de dire Lénine en pareil cas: "le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions".

Est-il adroit d’affirmer, comme le fait Stevenson, que le fait de proposer que soit discutée au Congrès mondial pour l’Amitié et la solidarité avec le peuple soviétique la "tâche fonda-mentale" (laquelle n’est pas autre chose, comme il le reconnaît lui-même, que la plate-forme et le programme qui assurera la déroute de la domination impérialiste) puisse mettre en péril les buts que nous avons en commun? Mais quels sont ces buts? Pour le dire franchement je ne crois pas qu’ils puissent consister à maintenir l’actuelle confusion qui sert précisément les but révision-nistes. Car, de cette manière, il est à peine nécessaire de le dire, nous n’apporterions pas l’appui et la solidarité dont le peuple et les communistes soviétiques ont besoin et qu’ils nous demandent à tous, mais évidemment, avec toute la bonne volonté du monde, innocemment, nous contribuerions à ce que se perpétue le régime d’esclavage capitaliste et d’opprobre national qui leur a été imposé avec l’active collaboration des révisionnistes.

Pour cette raison il convient que le Congrès mondial émette un message clair et sans équivoque disant que nous n’allons prêter aucun type d’aide à ceux qui ont conduit à la situation actuelle et s’obstinent encore à la maintenir par leur tricheries, manipulations et tromperies. Pour le reste je crois qu’à aucun moment nous n’avons proposé que soient débattus au Congrès les problèmes compliqués et à facettes multiples auxquels se réfère Stevenson dans sa réponse à la proposition de note Parti. Nous n’avons pas demandé de débats "illimités", car, certainement, une telle proposition, si elle existait, serait déraisonnable et complètement déplacée.

Il s’agit seulement de faire quelques déclarations concrètes et simples, en accord avec les orientations et le caractère large et ouvert que nous souhaitons que prenne le mouvement, et qui puissent être comprises et partagées par l’ensemble des délégués.

Est-il si "compliqué" de comprendre cette proposition? Même si elle est dans la ligne de ce qui a été indiqué précédemment? C’est-à-dire dans la voie de l’accomplissement de la "tâche fondamentale" qui aujourd’hui incombe à "chacun et à tous les partis communistes du monde" et de ce fait n’a pas un caractère national, cher Ray, mais international.

C’est une autre question de savoir si cette proposition peut être acceptée par la canaille révisionniste et les autres agents masqués de l’impérialisme et de la réaction. Mais si ce qu’on craint réellement est que ceux-ci fassent un scandale et cherchent à saboter les travaux du Congrès, je pense qu’un tel "péril" ne doit pas être le motif d’une excessive préoccupation; car, assurément, non seulement ils n’ont pas atteint leur but contre-révolutionnaire, mais les démasquer et les tenir en échec serait le meilleur résultat du Congrès, comme l’aide la meilleure et la plus efficace que nous pourrions actuellement prêter au peuple et aux communistes soviétiques.

Il n’existe pas, du moins je ne le trouve pas, de motifs fondamentaux pour craindre ce "péril". De mon point de vue le véritable risque est un possible glissement du Congrès vers des positions conciliatrices et temporisatrices à l’égard du révisionnisme qui aboutirait à le vider de l’objet pour lequel il a été convoqué.

En résumé, asseoir des bases solides (pour modestes qu’elles soient) afin de rendre effective l’amitié et la solidarité avec le peuple soviétique, et ne pas sacrifier cet objectif au nom d’une fausse unité avec ceux qui se sont révélés ses pires ennemis, telle doit être la principale préoccupation qui doit guider tous nos efforts.