Le procès aux Sept de Paris

Sommaire:

Présentation
Le manque de libertés et droits démocratiques
Emission de radio l'Envolée
Opinions d'une militante des comités pour un Secours Rouge
L'enjeu du procés
Commentaire sur un procès caché
Une repression de guerre interne
Nous ne prenons pas la Cité,
mais nous la remplissons de solidarite

Une fausse accusation
Sur la condamnation politique au PCE(r)

Présentation

Chers camarades, parents et amis:

Nous avons reçu de nombreuses opinions sur le procès des camarades qui a eu lieu à Paris; il s'est fin par l'application de plus hautes peines conçues par la législation française en matière de délits d'origine politique. Il est possible que certains d'entre vous soient déjà au courant de ces mêmes témoignages que nous allons reproduire ci-dessous; par contre, certains d'autres n'auront presque de nouvelles du déroulement et le dénouement de ce procès. Donc, nous avons décidé de compiler les témoignages les plus significatifs qui nous sont parvenus. De cette façon, on pourra vous montrer un tableau le plus complet de cette importante bataille politique de la lutte de classes développée dans le domaine de la magistrature française.

Cette bataille livrée en territoire étranger a acquis un caractère internationaliste, pas autant par la collaboration des autorités politiques et judiciaires françaises avec le gouvernement fasciste espagnol, que par la solidarité montrée envers nos camarades et notre Parti.

Tout ce qui s'est arrivé depuis l'arrestation des Sept de Paris (comme ils sont populairement connus) a provoqué un vif intérêt autant au plan révolutionnaire que réactionnaire international. La qualité politique des détenus a bientôt été mise en évidence à cause de l'intérêt montré par les autorités espagnoles pour en réussir une condamnation exemplaire, en recourant à toutes les pressions et les trocs devant le gouvernement français.

Les postérieurs interpellations de militants du Parti et du mouvement de solidarité ont clairement découvert l'importance que le gouvernement fasciste espagnol accordait à ce procès-ci. à travers la condamnation des Sept de Paris, ils voulaient rendre exemplaire le châtiment de tous ceux qui tentent de propager les idées et le programme communiste et surtout, d'organiser le détachement d'avant-garde de la classe ouvrière, comme les accusés l'ont manifesté.

Voici l'objectif principal de cette farce judiciaire: d'un coté, la criminalisation du Parti; d'un autre, on tenté de laisser au mouvement ouvrier espagnol sans la direction de chevronnés et inestimables cadres communistes.

Dès les premiers moments de l'instruction du dossier, les accusés ont déjà vérifié que le montage n'allait même pas respecter les minimes formes du droit bourgeois. Bien qu'ils aient une large connaissance du caractère des juges spéciaux assignés aux procès politiques en Espagne, ils jamais n'auront pu imaginer que dans un pays comme la France (berceau de l'Êtat de droit bourgeois) ils allaient tomber sur un juge instructeur sans la moindre pudeur ni éthique professionnelle. C'est un petit personnage, d'un trait si servile et rampant, outre d'autres vertus éthyliques et mafieuses, qui surpasse largement les grandes étoiles de l'Audience Nationale espagnole.

Il n'est pas possible d'énumérer ici tous les mensonges et tergiversations qui ont rempli le dossier. Des milliers et milliers de feuilles qui n'ont pu pas démontrer ce que le gouvernement espagnol voulait: c'est-à-dire que les militants du Parti étaient, au même temps, de l'organisation armée guérillero espagnole GRAPO.

L'achèvement de plus de deux années a d'instruction allait se prolonger au procès. Ici, le parquet et les juges ont été les acteurs d'un spectacle de cirque plus propre du Cirque d'Hiver que d'un prétoire de la Cité.

Les erreurs, le manque de preuves et les accusations sans la moindre rigueur ont été à l'ordre du jour. Ainsi, le Président de la Chambre et la Procureur ont suivi au pied de la lettre les rapports de la Garde Civile, jusqu'au point de reproduire ses mêmes erreurs. Ils ont dit, par exemple, que Manuel Pérez Martínez avait été condamné en Espagne à 37 ans de prison, sans se rendre compte que si c'était vrai qu'en 1977 il avait été condamné à toutes ces années, il suivrait encore en prison. Ils l'ont fait avec le seul motif d'accentuer son caractère dangereux. Quoi dire des manifestations de Mme. la Procureure qui, très cyniquement, accusait les camarades de ne pas avoir de l'idéologie lorsqu'elle avait, devant elle, milliers de feuilles chargées de l'idéologie? De l'idéologie que, d'ailleurs, la Procureure était en train d'utiliser comme une partie de l'accusation... Enfin, ça ne vaut pas la peine de suivre en énumérant de si grands épouvantails juridiques.

Le véritable procès était celui que les accusés ont fait à la politique de collaboration française avec le gouvernement fasciste espagnol et qui a provoqué un rappel à l'ordre au Président de la Chambre d'un fonctionnaire diplomatique espagnol (qui, d'ailleurs, est resté dans la salle pendant tout le procès). Il n'était pas content que le Président du Tribunal ait permis les interventions des accusés contre la politique fasciste du gouvernement espagnol et la grossière collaboration de ses collèges français.

La raison éthique, morale et politique de tous les accusés et leur position de principe et de fermeté ont été l'essence de ce jugement qui avait généré une grande curiosité entre tous, y compris nous-mêmes. La meilleure preuve a été le silence, presque sépulcral, imposé par les gouvernements espagnol et français. Rien, ni le moindre compte rendu est apparu sur les medias espagnols, sauf les toutes petites nouvelles de certains médias régionaux. Mais, elles étaient si semblables qu'elles ne pouvaient pas cacher leur origine: le ministère de l'Intérieur espagnol.

Malgré cela, ils n'ont pas pu passer sous silence les interventions politiques de nos camaradas. Des allocutions pleines de force de caractère et fierté de ceux qui savent que la raison politique et historique se met de son côté. Rien n'a pu miner leur moral et leur fermeté révolutionnaire: ni les injustes et disproportionnées condamnations, ni l'isolement subi pendant ces deux ans et demi, ni les raclées des gendarmes français. Effectivement, le jour dont ils allaient recueillir leurs sentences, Manuel Pérez Martínez et José Luis Elipe López étaient frappés sur les genoux et chevilles pour les obliger faire des flexions qui n'avaient pas un autre bout que leur humiliation. Les ouvriers avec conscience de classe, les camarades, tous ceux qui ont suivi le procès, y se sont sentis représentés. Nous nous y sommes sentis, il faut le dire, vraiment fiers de la défense qu'ils ont faite du Programme et la Ligne Politique du Parti de la classe ouvrière d'Espagne.

L'autre partie du jugement, aussi importante et décisive a été la SOLIDARITÉ. On a voulu la griffonner par des tricheries, des silences, des menaces et des emprisonnements. Cependant, les différents coups policiers portés contre le mouvement de solidarité n'ont pas pu éteindre les sentiments chaleureux que celui-ci a transmis aux accusés. Il faut souligner l'émouvante rencontre dans la Chambre de sessions et la prolongée campagne qui s'est développée sans relâche aux moments si difficiles, juste quand la bête fasciste tente de nous paralyser par la peur.

La solidarité internationaliste mérite une attention spéciale. Tous ces personnes et camarades qui ont assisté aux sessions du procès avec persévérance et qui ont collaboré dans toute son organisation ouvrent la porte de l'internationalisme devant l'appel des frères prolétariens, comme l'ont démontré les camarades turques qui ont hébergé nos familles et amis.

Finalement, il faut aussi souligner le travail des avocats qui, malgré toute sorte de pressions, ont su se donner à fond dans un procès truqué des son origine et qu'ils l'ont aussi démontré.

À travers cette mosaïque de témoignages que nous offrons au lecteur, émerge l'impressionnante force qui est capable de mobiliser la Solidarité et l'Internationalisme Prolétarien.

La raison et le coeur de cette force ont protégé les cinq militants du PCE(r) et les deux des GRAPO pendant cette bataille politique qu'ils viennent de livrer contre la réaction espagnole et française, el par extension, contre la réaction internationale.

En criminalisant l'activité exclusivement politique du PCE(r), l'oligarchie impérialiste et fasciste espagnole et française ont dicté son verdict: Qui se lève contre l'injustice, qui se révolte contre l'oppression, qui dénonce leurs crimes, leurs escroqueries et leurs abus, qui s'organise et lutte pour un monde meilleur, il sera taxé de 'terroriste' el comme un tel 'terroriste', il sera poursuivi, torturé, incarcéré ou assassiné.

Dès la sérénité qui donne la position de classe et de principes, dès la certitude qui offre la Ligne Politique el le Programme communiste, forgés pendant 30 années de lutte de classes, les cinq militants du PCE(r) ont répondu: Quant à l'histoire de lutte et résistance de notre Parti, que peut-on se dire? Sans aucun doute, cela a été, aux yeux du Tribunal (et des fascistes espagnols), la preuve la plus concluante de notre culpabilité, aussi de même que leur pleine certitude que nous allons poursuivre la lutte contre tous eux jusqu'à la fin.

Le manque de libertés et droits démocratiques

Lettre de Victoria Gómez Méndez

... Me voilà, de retour en cellule, les chevilles toutes gonflées... J'étais "hallucinée... Entrer dans la salle... le public qui s'est mis débout et a commencé à applaudir à tout rompre. Tous les Sept -pense je- avions les yeux étincelants, les boules, quoi! Et, bien sûr, le poing levé. à ce moment-là, j'ai oublié les deux années et demie d'isolement... et tous les gros mots qui sont passés par ma tête cheque fois que Pétain 11 nous a fait des misères.

Hier, c'est Manuel qui a fait les adieux pour tous nous. Il s'est adressé au public pour le lui dire: Ne vous inquiétez pas! Cela n'est qu'une bataille politique de plus. Nous allons la gagner comme nous avons gagné tant d'autres.

Aujourd'hui, c'est le public qui nous a fait ses adieux. J'avais retourné mon regard vers la salle et je suis tombé sur deux drapeaux républicains, un drapeau galicien, celui du PCE(r)... Lorsque les gendarmes m'emmenaient de la salle, en commençait déjà à écouter: ¡Amnistía total! ¡Viva el PCE(r)!

Depuis la première séance du jugement, nous avions déjà constaté que le juge et la procureure avaient la leçon très bien apprise. Tous les deuz donnaient libre cours aux manipulations de la Garde Civile, faites par la voie de Bruguière. Donc, il ne faut pas que je te fasse un dessin de ce que nous avons vécu la deuxième journée. Par contre, c'est aussi vrai que les collègues du PCE(r) ont commencé à démonter tout l'embrouillement manipulateur des vichystes.

Un petit exemple: Isabel, José Antonio et Manuel, chacun dans son tour de parole a demandé la raison de que la presque totalité des instruments de leur travail politique -des livres, documents, disquettes, etc., etc.: n'ait pas été versé sur le dossier d'instruction. Et ils en avaient un sacré paquet! Ainsi, la police pendant les perquisitions et Bruguière durant l'instruction, se sont intéressés seulement par tout ce qui, d'une façon ou d'une autre, portait le mot GRAPO. Et aujourd'hui, le Président du Tribunal s'est tellement ridiculisé à ce sujet qu'il a demandé Isabel, des explications sur un livre qui bénéficiait d'un dépôt légal: Grapo, les fils de Mao, écrit par le journaliste espagnol Rafael Gómez Parra.

Je profite de l'anecdote pour te montrer à quel point les juges font étalage de leur inculture politique. De l'inculture politique creuse et du mépris complet. Au moins, ils pourraient parler en termes fondés! Eh bien, ce n'est pas le cas! Depuis le premier jour, le Président s'est entêté à dire que le PCE(r) était d'idéologie maoïste. Encore une fois, José Antonio venait de lui expliquer, très, très patiemment, que cette affirmation était scientifiquement fausse. Le juge se tourne vers Isabel et s'intéresse, toujours, au célèbre livre du journaliste espagnol. Le bonhomme, tout en croyant avoir trouvé la question magique pour coincer à des menteurs, lui demande: si c'est vrai que le PCE(r) n'est pas un parti d'idéologie maoïste, pourquoi le livre porte le titre Grapo, les fils de Mao? Isabel lui répond: Votre honneur, il vous faudra poser cette question à celui qui a écrit le livre. Vous en auriez l'occasion parce qu'il est un des témoins de la défense.

De petits et de gros détails comme celui-ci, il y en a eu pleins! Même les gendarmes ont proféré à un moment donné: Cela ressemble le film La folle Académie de la Police. Le Président venait d'appeler -très poliment- menteur à Manuel: Hier, vous m'aviez dit que votre père était boulanger. Aujourd'hui, vous affirmez qu'il était marin pêcheur et maçon! Il insistait et insistait devant le visage stupéfait de Manuel qui n'y comprenait rien. Évidemment! Tout d'abord parce que hier, il n'avait pas eu le tour de parole -le Président nous avait interrogés, Fernando et moi-même-. Deuxièmement parce que le boulanger c'était le père de Fernando.

Les seuls traits du Président du Tribunal ne sont pas se ridiculiser et suivre le scénario que Bruguière l'a marqué. Lui aussi, il met du sien. Sa ruse est un signe de que la sentence a été dictée auparavant. Il se borne simplement à justifier les années de prison qu'il va nous donner à chacun. Pourquoi dis-je ça? Parce qu'au moment où les réponses à ses questions commencent à démontrer la fausseté d'une talle ou talle accusation... il changé de registre, tout de suite. C'est à dire, il a une nette volonté de ne rien vouloir entendre.

La Procureure, quant à elle, ne pose guère de questions. Cependant, chaque fois qu'elle en pose une... elle brille encore plus que le Président! Penses-tu que c'est sérieux demander à José Antonio qu'il s'explique sur un but de papier? Comme ça, en abstrait, un papier qui se trouvait déchiré dans la poubelle, chez lui. Au moment où José Antonio lui demande à son tour qu'elle le lui montre parce qu'il n'est pas divin... alors la...! Elle no savait pas lui dire ce qui avait écrit sur le papier! Elle ne savait même pas joint à sa chemise de documents. Comme si quelqu'un lui avait signalé il faut poser talle question, un point c'est tout. Devant un tel travail de cochon, l'avocat de José Antonio a sollicité un minimum de sérieux et que le procureur se fournissait des pièces auxquelles elle semble s'intéresser.

La fin de la séance d'aujourd'hui, une heure et demie à peu prés, ça a été un parcours à travers des dernières années de l'époque de Franco... la décennie de l'infamie socialiste... les pourparlers du PCE(r) et des GRAPO avec le gouvernement espagnol...

C'est Manuel qui s'est chargé du parcours. Il fallait voir nos compatriotes du public"! Ils buvaient cette époque de historie la plus récente de chez nous. Il fallait aussi voir les visages des camarades turcs qui se trouvaient dans la salle. Ils s'efforçaient pour ne pas perdre un mot de ce que l'interprète traduisait. Manuel a mérité un applaudissement complémentaire à la fin des explications au sujet de l'échec des pourparlers. Le seul bout du gouvernement c'était de faire que les deux organisations avalent la Monarchie, la Constitution et le reniement de la cause populaire. Nous ne sommes pas masochistes -a-t-il ajouté- et les garçons et les filles des GRAPO non plus, j'imagine, mais nous no trahirons jamais notre classe. Voila que le Président s'irrite à cause du bruit et sort le carton rouge au public: il faut garder silence ou bien sortir de la salle.

Je saute du vendredi au samedi pour te raconter ce que les filles basques ont écouté à l'émission de radio. Le premier jour de notre jugement, deux solidarités se sont retrouvées au Palais. Celle envers les profs, arrêtés pendant l'une des nombreuses manifestations qui parcourent la France ces derniers temps (je comprends maintenant l'origine des cris que nous avions entendus à la salle; c'étaient ceux de dehors qui demandaient la libération de leurs collègues) et celle envers les Sept de Paris. Tous ces gens se sont mis à discuter, en attendant le debout des jugements à la radio, ils étaient frappés par l'ambiance de discussion franche et intérêt mutuel qui s'était crées entre ces deux solidarités...

Quant à Fernando et moi, nous nous sommes portés en simples témoins pendant le procès. L'existence des GRAPO, en soi même, est un témoignage concluant du manque de libertés et de droits démocratiques que les peuples d'Espagne supportent. En plus, et puisque ce sont les activités militaires des GRAPO en Espagne, ce que ces franchouillards de juges vont juger et après, nous serons jugés par les mêmes faits en Espagne... bref, c'est là-bas, devant un tribunal espagnol, où nous défendrons le droit et le devoir légitimes de pratiquer la lutte armée contre le régime fasciste espagnol. À propos, Manuel a déjà reçu les deux premières demandes d'extradition. Les juges espagnols veulent l'impliquer au plasticage des GRAPO qui a endommagé el Valle de los Caídos.

Emission de radio l'Envolée

Le vendredi 4 juillet 2003
Lecture d'une lettre de Fernando

...Le procès contre cinq militants du PCE(r) et deux des GRAPO est presque terminé.

Peut-être, la dernière séance aura lieu le mercredi prochain. Francine, vendredi dernier, tu as perdu le mieux. C'était l'intervention de l'avocat, maître Ripert, celui qui ne sortait pas la main de sa poche, même si le Président du Tribunal le rappelait à l'ordre. Il manque encore la plaidoirie des quatre autres avocats et je ne sais pas si nous pouvons aussi prendre la parole.

Ce procès a été plein d'incidents, même diplomatiques puisqu il a eu l'intervention d'un membre de l'Ambassade espagnole. Il a été entendu dans le bureau de ce dernier, tout comme si nous nous trouvions au Guatemala ou dans une quelconque République bananière.

Déjà, avant même le commencement du procès, le premier, jour, juste avant d'entrer dans la salle, les gendarmes ont pris à Manuel le texto de sa déclaration. Quand il l'a réclamé, les gendarmes l'ont sauté dessus el l'ont frappé. Pareil pour José Antonio qui s'était mis à traduire ce que Manuel disait.

La première séance a été, donc, très tendue. Nos protestations el celles de nos avocats ont fait que, à la séance suivante, le chef de la sécurité a été remplacé. Il a expliqué à une amie, qu'il n'avait fait qu'accomplir des ordres tel que l'ordonnance, qu'il a montrée, l'indiquait: il s'agissait de 7 terroristes très dangereux. Il fallait prendre des mesures de sécurité nécessaires. Ce que ses supérieurs no lui avaient pas dit, c'était en quoi consistait notre dangerosité el que nous n'étions pas des experts en arts martiaux ou quelque chose de ce genre...

(Ici la lecture de la lettre de Fernando s'interrompre pour faire quelques commentaires)

F: Juste une minute, pour te dire qu'ils étaient considérés tellement dangereux qu'il n'y avait pas des chiottes pour pouvoir faire pipi... toutes les chiottes de la trente unième, vingt et unièmes, vingt cinq unièmes, etc., etc., étaient fermées... Il fallait redescendre jusqu'à l'entré pour pouvoir y aller. Pour vous dire à quel point...

N: C'est vrai, ça avait l'air d'être un procès fantôme. Difficile, à des moments, de chercher la salle... beaucoup de gens se sont trompés.... Ça a eu lieu, ça aura lieu le lendemain... Ça avait l'air d'être un jeu compliqué...

F: On jouait au chat et à la souris... Il fallait y aller tous les jours pour tomber pile quand il y avait de procès. Autrement personne ne savait s'il y avait de procès et où le procès se passait. Même à l'accueil, c'était horrible! On t'envoyait d'une chambre à l'autre, on te demandait d'aller te renseigner au greffe qui dépendait de la chambre de la vingt et unième... personne n'était capable de nous renseigner. Mais, ça a été, quand même! On était là, eh!

N: Je poursuis la lettre de Fernando...

Si encore nous avons pu nous exprimer avant de répondre aux questions posées par le Président, nous aurions pu en profiter pour dire ce que nous considérions comme important. Ça ne marchait pas toujours. Mais quand même, nous avons utilisé le procès comme tribunal.

Mais à partir de la visite du représentant du gouvernement espagnol au bureau du Président, ce dernier a commencé à nous couper de plus en plus la parole, au même temps qu'il revenait sur nos discours d'une manière de plus en plus mensongère.

C'est comme le juge Bruguière avait fait. Le Président s'est barré dans le récit qui l'avait passé la Garde Civile espagnole. Ni lui ni le Procureur n'écoutaient rien de ce que nous disions et, pour cela, ils répétaient les questions auxquelles nous venions de répondre. Il semblait complètement absent.

Nos avocats ont protesté par rapport aux pressions et à l'intrusion directe du gouvernement espagnol, à travers le type de l'Ambassade. Et comme si cela n'était pas encore suffisant, la famille Cordon se présente, avec deux avocats, espagnol et l'autre, une française, qui voulaient se constituer en partie civile dans un procès où ils n'avaient rien à voir.

Alors, la provocation était au complet! Nous avons dit au Président que nous voulions sortir de la salle pendant que la partie civile intervenait, mais le juge n'a pas décidé tout de suite, les avocats de la partie civile ont commencé à parler et... nous nous sommes mis à chanter une chanson qui s'appelle Le Tururú. Le juge fut obligé de nous permettre d'abandonner la salle. Ce que les avocats ont aussi fait.

Pendant tout le procès, la tactique du Président a été de mentionner les preuves, les unes après les autres sans jamais tenir compte de nos réponses à leurs questions. Ni lui ni la procureure ne se sont intéressés à ce que nous expliquions. Ils n'ont pas tenu compte d'un seul mot de ce que nous avions dit. D'ailleurs, sa procédure trompeuse n'a pas été très différente de celle du juge Bruguière.

Par exemple, une des preuves principales du dossier était un texte qui m'appartenait. Alors, un jour, le Président me pose la question sur une signature qui avait été collée à la fin d'un texte dont l'écriture avait était réduite, à tel point qu'elle était illisible. On ne pouvait lire que la signature. Pas d'autres questions sur le texte, seulement, si la signature était la mienne. Le Président du Tribunal n'a rien voulu savoir, n'a rien voulu écouter sur mes explications qui démontraient que le document était faux. Tout simplement, on passe à une autre chose! Malgré cela, je lui ai démontré le montage: la signature avait été coupée et collé à la fin de la page, il n'y avait aucune date, contrairement à ce qu'affirmait le Président... Mais à la séance suivante, il affirmait que j'avais reconnu que le texte m'appartenait!!! La procureure allait revenir sur cette question -ce que c'est normal, étant donné que c'était une des preuves fondamentales. Elle l'a fait, en ajoutant, encore, d'autres mensonges. Évidemment, la procureure n'a fait aucune mention à ce dont j'avais dit: que la dite preuve n'était qu'un montage. Bien sûr, tout cela n'intéressait pas cette procureure qui avait prépare un long récit qu'elle nous a lu pendant plus de trois heures. Elle aurait fini pour endormir toute la salle si ses gros mensonges ne faisaient rire tout le monde.

La falsification, distorsion de textes du PCE(r) qui étaient cités comme preuves, n'ont pas été rectifiées, même à la vue des textes originaux que nos avocats ont apportés.

En fin, un procès pas du tout normal. C'est une décision politique de d'Êtat français. La peine de 10 ans de prison pour chacun d'entre nous. La même peine pour tous. Le public, les amis. Bravo! Ils ont été très bien, très solidaires. Tous les jours, il y a eu des journalistes, même nos avocats ont été interviewés, mais... il parait que rien ne les a intéressés de ce que nous avons dit. C'est aussi un bon signe parce que cela signifie qu'aucune de nos phrases ne peut être utilisée.

(Fin de la lettre de Fernando)

N: Alors, bon, Francine, tu as assisté au procès...

F: Effectivement. On a quand même assisté à pas mal de procès, mais j'ai rarement vu un procès comme celui-ci. J'ai rarement vu un procès où les personnes se revendiquent comme telles: Oui, on vous reproche ça, Oui, je sois ça..., donc, à partir de la, tout est clair! Oui, je sois ceci ou non, je ne sois pas cela. C'était très, très clair. J'ai rarement vu un procès pour association de malfaiteurs en vue de... c'est quoi le terme ?... En vue de commettre un acte de terrorisme..., quand on a association de malfaiteurs, faut-il, qu'il y ait trois ou quatre personnes, minimum, pour être inculpes de ça?

N: Ou deux, ça suffit deux!

F: Mais il s'avère qu'entre eux, les militants du PCE(r) et ceux des GRAPO, la plupart des personnes ne se connaissaient pas. Ils pouvaient se connaître de nom, je ne mets pas cela en doute, mais il n'y a aucune preuve comme quoi on les a vus ensemble. Il y a eu des enquêtes, il y a eu des filatures, donc, forcement, il devrait y avoir des preuves matérielles pour prouver que, effectivement, ils se connaissaient, ils se concertaient pour commettre des crimes et des délits. Mais, bien sûr que non! Donc, ces militants-là, ceux du PCE(r), je les plains autant que Fernando et Victoria. D'ailleurs, ils n'ont rien demandé au Président quand leur avocat a plaidé. Il a dit: mes clients ne vous demandent rien parce qu'ils ne s'attendent rien de vous. Tout ce qu'ils veulent ce que vous les entendiez, basta! Ils ne s'attendent rien de la Justice française. Que dire de plus? Maintenant ces militants-là, c'est comme si nous aujourd'hui... en fin, ça n'a strictement rien à voir, ne le prenez pas mal dehors... c'est comme si nous...

N: Ne nous porte pas la poisse!

F: Si, parce qu'on milite contre la prison, on se retrouve devant les tribunaux parce qu'on fait un journal, parce qu'on anime une émission de radios en soutien des détenus...

N: C'est qui a l'air de se passer en Espagne, puisque visiblement les associations de soutien aux prisonniers politiques et aux prisonniers se trouvent inculpées aujourd'hui pour leur activité.

F: Au Pays Basque, c'est horrible... de la folie!... Pour revenir au Corleone là. Ça, c'est une affaire qui s'est passée en Espagne en 95. Il y a trois personnes inculpées qui sont en train de purger en Espagne des années et des années de prison. Parce qu'il faut savoir que l'Espagne ne fait pas des choses... c'est à partir de 40, 50 ans, tu n'as même pas une vie pour purger ta peine! En Espagne c'est comme ça. Donc, cette famille... ah! et c'est la première fois que je vois un diplomate dans un tribunal qui représente l'Êtat français... il était là...

Donc, ça s'est passé en 95. Il y a des personnes qui ont été arrêtées et qui sont incarcérées. Je ne vois pas en quoi cette famille, qui arrive pour vouloir se constituer en partie civile... sur quoi? Sur une affaire qui a été déjà jugée, tu vois?

À un moment, je vais voir son avocat parce que, fraîchement, elle m'a troué le cou... Elle plaidait en disant: Oui les GRAPO ne représentent rien, les GRAPO ne sont rien, etc., etc. Alors, si les GRAPO ne représentent rien, qu'est-ce qu'elle foutait-elle, là? Donc je lui ai dit à cette famille: Si les GRAPO ne représentent rien, qu'est-ce que vous faites ici? Alors, elle dit: La famille veut se porter en partie civile parce qu'on n'a pas retrouvé le corps de M. Corleone. Je lui ai demandé: Votre mari, il avait quel âge? Quand un homme d'une cinquantaine d'années disparaît, c'est forcément qu'il y a une raison ou une autre... Il a disparu dans la nature une fois qu'il avait été enlevé par les GRAPO. Donc, pour eux, pour cette famille-là, leur mari a été tué. Et puis, d'un autre côté, quand tu y réfléchis un peu, tu te dis: Il n'y a aucune raison que les GRAPO tuent les personnes qu'ils enlèvent parce qu'aux yeux de l'opinion publique, ils ne seront plus crédibles, plus personne ne paiera, donc, ils n'ont pas d'intérêt à tuer cette personne. En fin, c'était de trucs... j'ai trouvé ça hyper aberrant...

Et la Procureure... je te jure... je croyais que c'était une scientifique. À un moment, elle pose la question à une des militantes du PCE(r): Qu'est-ce que c'est les termites? La fille répond: Les termites sont des petites bêtes qui mangent du bois, etc., etc. La Procureure dit: Non, les termites, ce sont des explosifs! Elle a tout décalé, tout le dossier, les termites, le pc-x ou je ne sais pas quoi... ce sont des termes... je te jure... à un moment j'ai dit, il n'y a pas de procès, il n'y a rien dans le dossier, ils n'ont rien trouvé!

N: Oui, parce que quand on voit Fernando qui parle de preuve fondamentale, alors que c'est une signature, un texte... en fin, bon quand même... en a vraiment l'impression qu'il y quasiment rien dans le dossier et qu'il y a vraiment une volonté politique d'inculper et de mettre derrière les barrots de vieux militants, capables d'organiser, de structurer une résistance, quoi!

C'est qu'on va faire c'est... on va essayer de retrancher quelqu'un du Secours Rouge la semaine prochaine, qui nous parlera un peu plus du contexte espagnol dans lequel se situe le PCE(r) et les GRAPO...

Opinions d'une militante des comités pour un Secours Rouge

... Tu me parles du procès et du silence radio qui l'a entouré. Ma mère a écouté la nouvelle à la radio, mais c'était un flash succinct.

Moi si. Moi je peux t'en parler, même si tu ne me crois pas -tu ne seras pas le seul à t'étonner-. J'ai assisté au jugement, moi et ma béquille, celle qui ne s'éloigne pas de moi depuis quelques petites années... La date arrivée, je suis allée à Bilbao, d'où partait le bus que l'AFAPP-SR avait organisé pour l'événement. C'était là que tous les parents et les amis qui voulaient assister sont montés, y compris moi. Nous étions une quarantaine de personnes de diverses origines: des Galiciens, des Basques, des Catalans, des Andalous, quelques uns de Madrid et de Burgos... Nous sommes partis d'Ortuella vers neuf heures du soir, nous avions voyagé pendant une heure et voila, un contrôle de la Garde Civile qui arrête le bus. Ils nous ont demandé les papiers d'identité, fouillé les cartons, les bagages... c'est à dire, les vivres, les drapeaux républicains el ceux des nationalités, même le drapeau du PCE(r). Après, ils nous ont réquisitionné les t-shirts imprimés que nous allions nous mettre au Palais de Justice, ceux qui portaient le même dessin des tracts, des autocollants, etc., que nous avions distribué pour la campagne des 7 de Paris. Évidemment, la Garde Civile ne voulait pas que la dénonciation de la farce judiciaire monte jusqu'à Paris. Brefs, nous avons été retenus pendant une heure et demie, nous avons repris le voyage et nous sommes arrivés à Paris au petit matin. Le jugement commençait à une heure et quart l'après-midi et nous sommes restés aux alentours du Palais pendant l'attente... les uns portaient les drapeaux, les autres distribuaient les tracts pour dénoncer la farce ou bien causaient avec les travailleurs français qui se trouvaient concentrés devant le Palais de Justice...

... Au moment d'entrer su Palais, la police française nous a exigés d'enlever toute la tenue que nous portions: les autocollants, les bagages, les petits drapeaux... Il fallait obéir et être sages si nous voulions accéder à la salle.

Que c'était émouvant d'attendre, bien assise sur ces bancs-là, l'entrée des camarades dans la salle! Les femmes sont apparues les premières... après, les hommes. Et tous, poussés par une seule force, nous sommes mis à applaudir de toutes nos forces. Ces applaudissements-là étaient de la chaleur et étaient des mots... nous leur avons tout dit dans une minute. Ça... et les larmes qui provoquaient la fichue d'émotion! Maintenant que je suis en train de t'en parler, le regard se me brouille. Quelle petite nature suis je!

On va laisser tomber la pleurnicherie! Le jugement a été assez bien, je veux dire par là que, si bien la sentence était dictée auparavant, en ne peut pas passer sur le silence un fait: les différences qui se manifestent, encore, entre la pratique juriste française et celle de l'Espagne -une Audience Nationale héritée- tu le sais très bien -de l'ancien Tribunal d'Ordre Public. J'ai attentivement écouté la lecture, soporifique, que le juge a faite de toutes les accusations qui tombaient sur chacun des camarades. Tu sais que tout cela n'avait qu'un seul objectif: essayer de démontrer que le Parti et les GRAPO sont une seule organisation. Eh bien! Toutes les accusations s'adressaient vers cette direction.

Les déclarations de Silva et Victoria ont été très bien. Ils se sont revendiqués comme des militants du Commando Central des GRAPO. Cependant, ils se sont déclarés, en même temps, d'anciens militants communistes. Ce qui a amené au juge à déclarer que c'était évident que les GRAPO el le PCE(r) étaient une organisation armée de communistes. Victoria l'a dit très clairement: Si lui, il appelait comme ça, des communistes, à la Résistance française contre le fascisme.

En poursuivant la lecture de la montagne de documents qu'il avait sur la table, le juge a également posé des questions à chacun des 7 sur leurs origines et leur trajectoire. Cela a permis aux camarades raconter leur histoire précise, en même temps que celle de nous tous. Tout en soulignant l'aspect qui nous intéressait le plus: la continuité du régime fasciste en Espagne.

Isabel a raconté l'ensemble de sa trajectoire politique au sein du PCE(r), les années de clandestinité, même comme exilée politique en France. Je mets les guillemets parce que, tu vois, elle est passée à la cinquième vitesse, c'est à dire, il y a 30 ans, la France l'avait accordé l'asile politique, aujourd'hui elle est sur la sellette par la même activité politique. Elle a également parlé de l'arrestation du Comité Central à Benidorm, et comment elle a était mise en examen, pas par appartenance à bande armée sinon par de l'association illicite et de la propagande illégale. Elle subira une deuxième arrestation, plusieurs années après. Sa mise en examen et le chef d'inculpation seront identiques à ceux de la première. En fin, ça serait long, te raconter en détail toutes et chacune des interventions... Celle d'Elipe a aussi été un exemple de différenciation entre le PCE(r) et les GRAPO, parce qu'il a toujours été emprisonné pour sa militance au sein du PCE(r).

L'intervention de Manuel pendant la séance d'aujourd'hui a été plus longue. Le juge a commencé pour lui poser la question: Melilla, quelle ville est-elle?. Et Manuel lui a répondu que Melilla était une ville coloniale de l'Espagne au Maroc... mais cela était simplement le début de ce qui allait se suivre: le récit de son enfance, ses origines et ses racines ouvrières, sa trajectoire politique depuis l'âge de 14 ans... Est-ce que tu te rends compte de tout ce qu'il a pu parcourir?: L'OMLE, le PCE(r), le fascisme et la Reforme démocratique, les lois antiterroristes et la guerre sale... Il a parlé des camarades assassinés en France, Martin Eizaguirre et Fernandez Cario pour montrer que la persécution policière contre le PCE(r) est arrivée jusqu'à l'assassinat politique...

Pendant ce parcours, il a mentionné l'arrestation du Comité Central à Benidorm, par laquelle il a fait de la prison pendant 7 ans. Et il en a parlé, tout en dénotant le rôle de l'agent provocateur qui a fourni à la police les renseignements nécessaires pour faire le coup. Je te rappelle que les camarades ne faisaient que répondre aux questions que le juge leur pose en suivant le pavé de l'instruction. Cependant, Manuel a pu parler de tout ce que je viens de t'expliquer et il a aussi égrené des moments politiques décisifs, un peu au fil de notre histoire: la tentative de coup d'Êtat; la politique socialiste qui a fait le travail sale; notre proposition de cessez-le-feu et l'assassinat de Martín Luna en réponse du gouvernement; toutes les tentatives de haut-parleurs entamées par le gouvernement et leur résultat. Bref, nous ne pouvons envisager un changement qu'au moyen de la lutte de Résistance...

Je te parle un peu brièvement de la fin de la séance. C'était émouvant. Nous savions qu'elle arriverait à son terme vers sept heures, à peu prés. Le moment venu, juste lorsque Manuel nous faisait les adieux... à ce moment précis, quelques amis ont déplié plusieurs drapeaux qu'ils avaient réussi à cacher: un républicain, un autre catalan, le galicien, le basque et celui du PCE(r). Les gendarmes qui étaient dans la salle ont été pris d'imprévu, sauf un énergumène qui s'est jeté sur l'une de filles. Néanmoins, le juge ne s'est pas fâché non plus. Il a encore demandé à l'avocate de Manuel si elle avait de questions à poser à son client. Elle lui a répondu qu'elle en avait beaucoup. Cependant et puisque l'heure était si tardive, elle préférait avoir son tour de questions le lendemain.

Maintenant, il s'agit d'exécuter l'accord intergouvernemental: la criminalisation du PCE(r) ou... va savoir quoi! Miguel pense que le jugement a été un succès à ce stade, indépendamment du résultat final. Parce qu'on est en train de réussir, en a déjà réussi un haut degré de dénonciation et de soutien à niveau national et international. Cela est très important, juste à des moments de l'histoire si décisifs pour le mouvement révolutionnaire.

Il y a encore quelque chose que je ne t'avais pas dit: le soutien et la solidarité que nous ont portés les camarades turcs. Ils nous ont accueillis chez eux la nuit que nous sommes restés à Paris. Le vendredi, au moment où nous devions partir pour l'ESpagne, nous nous sommes fait les adieux et nous sommes mis a chanter des chansons révolutionnaires et populaires de nos pays d'origine. l'International, nous l'avons chanté tous ensemble, chacun dans sa langue et ce n'était pas si mal que ça. Je dois avouer quand même que les espagnols, nous avons beaucoup à répéter.

Eh bien, je m'arrête ici. Ne vous plaignez pas. Vous pouvez vous estimer heureux parce qu'il me reste toujours du souffle pour vous envoyer une accolade. Une accolade si forte que celle que j'aurais voulu faire aux camarades du procès... à la prochaine!

L'enjeu du procés

Paroles d'un antifasciste français à l'émission de radio l'Envolée

... Pour reprendre un petit peu l'affaire, il a deux ans et 8 mois qu'ils sont arrêtés les militants espagnols qui appartiennent à deux organisations. Donc, il y a une qui s'appelle le Parti Communiste d'Espagne (reconstitué) et autre organisation qui s'appelle les GRAPO (Groupes de Résistance Antifasciste 1er. d'Octobre. Ces derniers, ils ont choisi le terrain de la lutte armée. C'est clair, ils l'assument sans aucun problème. Les premiers sont un parti politique, le PCE(r), un parti politique qui, du fait de la répression en Espagne, n'ont pas pu faire un travail normal de Parti politique: du fait de la répression, ils sont obligés de travailler dans la clandestinité... Il vient d'être interdit il y a très, très peu de temps; en fait, 6 mois je pense...

Voila! Exactement, il y a six mois il a été interdit, comment ce qu'il arrive un petit peu a Batasuna, c'est-à-dire les basques. El derrière, il y a d'autres groupes qui se retrouvent systématiquement aussi attaqués et interdits, donc, le PCE(r), les GRAPO et aujourd'hui même les groupes de solidarité; puisqu'on parle d'Espagne, des groupes de solidarité anarchistes, qui sont par exemple la Croix Noire Anarchiste, des groupes de solidarité notamment les luttes sur les FIES. Aujourd'hui, le juge Garçon qui est en Espagne ce qui est Bruguière en France, donc, il a demandé l'interdiction de ce groupe de soutien, la confiscation de ses locaux et la confiscation des comptes bancaires sous le prétexte que ce groupe anarchiste de soutien, de solidarité aux prisonniers en lutte servirait de vivier à groupes tels que les GRAPO.

Voila, donc la manière qu'en Espagne aujourd'hui la solidarité, même pour les luttes en prison, devient systématiquement criminalisé. Alors, c'est l'Espagne qui aujourd'hui prend un petit peu la tête du peloton des pays européens qui, eux aussi, ils durcissent de plus en plus leur politique pénale... Je dirais qu'en Espagne est la perpétuité à 40 ans, de 30 à 40 ans...

Donc, il faut voir déjà... imaginez ici en France une longue peine; comment s'imaginer 30 ans de préside? Alors, 40 ans c'est la perpétuelle. Donc, c'est qu'elle est déjà en tête, el on s'aperçut que tous les pays européens, petit à petit, sont en train d'ajuster leur politique judiciaire et pénale sur les antécédents espagnols... Sur le pire!... L'enjeu su procès c'est quoi? L'Êtat espagnol dit que l'Êtat français arrange ses problèmes parce qu'il n'a pas pu les arranger, sous le prétexte de dire qu'il n'y a pas des différences entre le PCE(r) et les GRAPO. C'est à dire qu'il n'y a pas des différences entre un mouvement politique qui mène un travail politique, avec un journal, avec des gens qui travaillent dans les usines... et un groupe qui a choisi la lutte armée, en disant que les GRAPO sont le bras armé du PCE(r). Voilà! Donc, ils demandent a la France de démontrer, d'assimiler ces deux groupes, chose qui, même en Espagne, du temps du franquisme el de l'après franquisme, n'a jamais été prouvée. Il y a beaucoup de documents qui disent que le PCE(r) est un groupe politique qui malheureusement, du fait de la répression, est clandestin parce que ses militants sont poursuivis par leur travail politique; et les GRAPO sont un autre groupe spécifique qui a choisi la lutte armée.

Donc, tout l'enjeu du procès aujourd'hui c'est de démontrer effectivement que le PCE(r) est un groupe politique et que, donc, il n 'y a pas de raisons de poursuites en France parce qu'à ce moment-là, il faut le dire, les idées sont criminalisées.

Oui, c'est vrai. C'est une chose qui se donne de plus en plus: la criminalisation des idées et la criminalisation de toutes les actions, c'est à dire, que la chance des possibilités d'activités est de plus en plus réduite par les textes et fait que... et fait de l'impuissance si on reste dans le cadre de...

Oui, je veux dire... il y a un exemple que je veux donner. Je ne suis pas par les socialistes, pas du tout! Mais j'ai entendu dire à Raffarin que le parti socialiste n'est pas le parti de la France, et je veux dire que ça c'est un ton fasciste; ça me rappelle d'autres périodes: le parti de l'anti-France, le parti de l'étranger... les années 30-40 et après c'était le PCF et aujourd'hui voila Raffarin... il se permet de dire que le PS n'est pas la France... Alors, c'est qu'au niveau idéologique c'est quand même une chose qui se durcit. Il n'y a que d'idéologie... On oublie l'histoire...

J'ai entendu dire une chose un peu en sorte de caricature, mais que c'est juste. On arrive à dire qu'il y a des Eta ts entiers qui sont des Eta ts de droit commun, des Eta ts délinquants, des Eta ts criminels. Il y a d'un côté des pays qui sont... qui mènent une politique honnête, civilisée et d'autre, des Eta ts criminels. S'ils se permettent de criminaliser des pays entiers en les traitant de terroristes, ils peuvent se permettre de criminaliser des organisations, des groupes, des Individus, des associations...

On commence, aussi, déjà à le voir en France. On s'attaque à des militants associatifs, des syndicalistes... et petit à petit, on élargit le terme, l'assignation de terrorisme. On commence déjà par le syndicalisme, par exemple en Espagne, en parle déjà de terrorisme social par rapport aux grèves; alors... C'est incroyable! parce que dans l'histoire des luttes, des manifestations, le jet de pierres... c'est une activité que... bon... dans l'histoire des manifestations il y a eu toujours des affrontements avec les forces de la police. Bon, ça, ça forme partie de la tradition de la manifestation.

Et même à l'intérieur c'est pareil. Si tu refuses, par exemple, le plateau ou même quelque autre geste insignifiant de résistance... si tu dis: je refuse le plateau par ça et par ça, il arrive de plus en plus que par les gestes les plus insignifiants de résistance, tu te retrouves au mitard... Même ça! Et je dis qu'il faut se battre pour ça...

Commentaire sur un procès caché

D'une communiste française

... Un silence pesant s'est abattu sur le procès de sept espagnols du PCE(r) et des GRAPO, qui s'est tenu au Palais de Justice de Paris du 12 juin au 2 juillet.

Ce procès dit de terrorisme présentait pourtant un intérêt évident pour les français. Il montrait jusqu'à la caricature les dérives réactionnaires et même fascisantes de l'utilisation de la législation antiterroriste qui depuis les accords de Schengen s'étend au niveau européen tout entier.

Rappelons les faits. Sept espagnols, 2 appartenant aux GRAPO (Groupes de Résistance Antifasciste du 1er. Octobre), groupes de guérilla s'attaquant principalement à la police du régime, pouvant seuls être considères comme terroristes (terme crée par les allemands pour désigner les résistants s'opposant à eux) et 5 membres du PCE(r) (Parti Communiste d'Espagne (reconstitué)), parti communiste a-légal puisqu'il a refusé de se faire enregistrer auprès des autorités monarchiques espagnoles, régime qu'il ne reconnaît pas, avaient été arrêtés à Paris en novembre 2000 à la demande du gouvernement espagnol et incarcérés sous l'accusation, devenue classique, d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Aucun d'entre eux n'avait commis le moindre délit en France où ils résidaient, certains depuis plus de quinze ans, sous une fausse identité pour échapper à la police espagnole. L'instruction du Juge Bruguière a duré le maximum autorisé, 2 ans et les inculpés ont du faire, à partir du 15 novembre, une grève de la faim pour obtenir que ce délai soit respecté. Le procès s'est ouvert finalement le 12 juin soit 31 mois après leur arrestation.

L'accusation a consiste à établir les liens existants entre les détenus du PCE(r) et ceux des GRAPO à partir de rencontres dans les cafés, coups de téléphone, empreintes digitales sur les communiqués des GRAPO retrouvés chez les uns et les autres. Que déduire de ces relations entre des gens qui se connaissent depuis leur jeunesse déjà lointaine! Or comme font rappelé les avocats la jurisprudence concernant l'association de malfaiteurs demande qu'il y ait des éléments concrets de préparation des actes et évidemment que ces éléments soient antérieurs à l'action et ne consistent pas en commentaires ou autocritiques postérieurs aux événements. En l'absence chez les accusés du PCE(r) d'éléments conformes aux exigences de la jurisprudence, les avocats ont demandé la relaxation pure et simple de leurs clients.

Quelle attitude adopteront les juges face à la section antiterroriste du Parquet qui demande pour tous les accusés, quels qu'ils soient, 10 ans de prison et l'interdiction du territoire?

Il est légitime d'être inquiet puisque le procès s'est tenu en présence d'un membre de l'ambassade d'Espagne et que des avocats espagnols ont été autorisés par le Président à plaider l'ouverture de partie civile en faveur de victimes d'un des détenus des GRAPO alors que le cas a déjà fait l'objet d'un procès en Espagne et qu'aucun fait nouveau n'est intervenu dans cette affaire.

Nous sommes clairement en face d'un procès politique.

Oui, les procès de terrorisme sont des procès politiques qui cachent leur nom. Il s'agit bien d'une législation d'exception, d'une législation scélérate, non seulement parce qu'on criminalise toute l'opposition armée du régime en place, mais parce que la définition de l'infraction est suffisamment large et vague pour étendre la répression, grâce aux termes entreprise et association, à l'entourage du dit terroriste, à ses amis, sa famille, voire ceux qui l'hébergent occasionnellement.

La menace est grave et bien pressente.

Ce n'est pas en faisant la politique de l'autruche, en n'assistant pas à un procès dont ils étaient pourtant informés, que les journaux et organisations dits de gauche et d'extrême gauche, qu'ils soient socialistes, trotskistes, nouveaux communistes, coordinations de reconstitution communiste de tout type, ou Comité Honecker de soi-disant soutien à tous les prisonniers communistes, conjureront la menace que la nouvelle Sainte-Alliance fait peser sur nos libertés.

Après les espagnols, aujourd'hui comme hier, ce sera notre tour.
¡Despertad!
Réveillez-vous !

Une repression de guerre interne

Le 23 juillet le Tribunal de Paris a rendu une sentence particulièrement féroce de condamnation contre les militants du PCE(r) -Parti Communiste d'Espagne (reconstitué)- et les GRAPO-Groupes de Résistance Antifasciste Premier d'Octobre-. Il les a condamnés aux peines maximales prévues par l'article Association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Manuel Pérez Martínez (Secrétaire Général du Parti), 10 ans Isabel Llaquet Baldellou, PCE(r), 10 ans José Luis Elipe López, PCE(r), 10 ans, Fernando Silva Sande, GRAPO, 10 ans, Victoria Gómez Méndez, GRAPO, 8 ans, José Antonio Peña Quesada, PCE(r), 6 ans, Rosario Llobregat Moreno, PCE (r), 10 ans.

Ce que le régime fasciste n'avait pas encore réussi à faire, ce sera l'Êtat impérialiste français qui va le réaliser: en unifiant deux organisations distinctes, il parvient notamment à criminaliser, réprimer férocement un Parti Communiste. Ils criminalisent de plus en plus l'idée même de Révolution, de Communisme.

Pendant que le système impérialiste enfonce l'humanité dans des violences barbares, noie des peuples entiers dans le sang et la misère, les opprimés, eux, n'ont même pas le droit de dire leur espoir de Révolution, d'une autre société qui, il est vrai, ne pourra venir que par le renversement violent du désordre existant. C'est la le sens, par exemple, du soutien politico-idéologique du PCE(r) à la guérrilla des GRAPO, et pas plus. Tous les communistes, depuis le Manifeste de Marx-Engels proclamant tout simplement ce que la bourgeoisie cache, c'est à dire la nature violente de la lutte de classes parce qu'encore plus violente est l'existence même des classes! Et que cette lutte et violence ne trouveront de solution que dans le passage à une société supérieure qui abolira les classes et toute la structure d'oppression-exploitation capitaliste. Là commencera l'épuisement de la violence, là où l'humain ne sera plus un loup pour l'humain, là s'éteindra la source de la violence. La nier aujourd'hui c'est de l'hypocrisie. C'est l'hypocrisie sanglante de la bourgeoisie qui vit de l'exploitation, du malheur et la tromperie des peuples.

Ainsi aujourd'hui ils condamnent si lourdement des militants contra lesquels, dans la plupart des cas, ils n'ont aucune preuve sérieuse. Des militants qui, il faut le rappeler, ont déjà payé de longues années de leur vie dans les geôles fascistes d'Espagne!

Le tout dans un déroulement de procès militarisé (le dernier jour les camarades ont encore une fois subi les coups de la gendarmerie, l'humiliation des fouilles intégrales et répétées), procès conditionné par les interférences de l'Espagne, de l'appareil d'intox de la sinistre garde civile. Le tout dans ce climat d'hystérie antiterroriste internationale, où se dévoile au grand jour la démesure de leurs appareils d'intox (comme en Irak, par exemple). Ce sont les dignes fils de Goebbels: Martelez mille fois un mensonge, ça deviendra une vérité!

Ils dictent de véritables assassinats carcéraux contre ceux qui osent dire la vérité sur cette société pourrie, pendant qu'eux s'auto-amnistient pour les pires crimes! Que dire de l'histoire du sang contaminé? C'est qui pour eux tuer des centaines de personnes par soif de profit? Vous qui vous parez derrière les bonnes manières, les bons sentiments, vous qui, ponctuellement vous révélez d'authentiques animaux, répondant sauvagement à cette impulsion de profit et de propriété, uniques impulsions capables d'animer les zombies que vous êtes!

Ceux qui répriment ce sont ceux-là mêmes qui veulent casser ce qui reste des retraites, de l'école publique qui font leurs profits en licenciant qui exploitent sans limites de frontières jusqu'à les casser en piétinant toute loi internationale et en recolonisant les peuples, ceux qui pillent et causent les misères du monde!

Nos amis ce sont tous ceux qui, expression des peuples et de la classe ouvrière, se retrouvent en prison, en exil, sur les listes de proscription édictées par les pires terroristes de l'histoire -les Êtats impérialistes-, ceux qui sont en première ligne de combat et de résistance, ceux qui ont assumé avec le plus grand courage et conséquence les intérêts généraux de classe, les objectifs historiques révolutionnaires. Aujourd'hui, quand se développent de grandes luttes et mobilisations pour défendre les acquis fondamentaux, il faut comprendre le lien, le front commun qui nous unit avec ceux qui se battent pour nos intérêts de classe, pour en finir avec le capitalisme, pour la liberté de la terre, pour l'émancipation sociale qui ne pourront venir qu'avec la Révolution.

La mobilisation qu'il y a eu autour du procès a été un premier pas, en se nouant à d'autres contre l'emprisonnement des ouvriers en lutte, contre les prisions d'isolement en Turquie et en Europe. Beaucoup de jeunes et de militants ont assisté au procès el il y a eu encore des initiatives en Europe comme le rassemblement d'une centaine de camarades à Milan devant le Consulat français. Et même si on peut avoir quelques réserves à cause de l'opacité idéologique des nationalistes, la formidable mobilisation populaire en Corse pour défendre la solidarité, l'hospitalité et les prisonniers, est quelque chose d'important qui peut contribuer au front uni anti-impérialiste.

Sachons défendre les militants, les Organisations Révolutionnaires qui sont sur les lignes les plus avancées du combat. De cela dépend notre capacité à retisser l'unité de classe, pour nous dresser à nouveau contra ce capitalisme-impérialisme qui devient forcené, qui essaie de nous écraser toujours plus.

Unité de classe front uni contre la répression!
La répression c'est la guerre impérialiste de l'intérieur!
Les terroristes ce sont les impérialistes!
Ils criminalisent le communisme parce que le communisme est l'alternative à leur barbarie!

Collectif pour un Secours Rouge
26 juillet 2003

Nous ne prenons pas la Cité,
mais nous la remplissons de solidarite

Chronique des Comités pour un SRI

Comment ça va, collègues? Nous sommes un peu en retard à cause des taches que nous devions faire et qui se nous entassent; vous nous manquez. D'autre part, nous étions en attente de plus de nouvelles sur le procès. Donc, nous pouvons déjà faire un bilan plus large; c'est vraiment difficile à le résumer en quelques mots: il a été impressionnant, un vrai voyage de solidarité entre les peuples et envers les persécutés des peuples d'Espagne, ce qui était notre principal objectif.

Il y avait déjà beaucoup de temps que nous nous étions proposé d'organiser un autocar pour monter à Paris; tous les comités se sont pleinement investis pour y arriver et nous l'avons réussi malgré tous les problèmes. Ici, en Galice, nous avons commencé avec les débats sur les Sept de Paris à Ourense, Vigo, Ferrol, Coruña et Santiago; ce dernier a été interdit par le doyen de l'université ce qui nous est bien arrangé parce que l'interdiction a eu un retentissement impressionnant; tous les collectifs de Galice ont appris la nouvelle et nous ont fait arriver leur solidarité. Dans tous les autres débats, il y a eu une très bonne ambiance, en détachant l'assistance de la jeunesse dans ceux de Vigo et Coruña. Après, il y avait toujours une très bonne représentation théâtrale des jeunes de Cádiz et son groupe de théâtre LA TRALLA qui ont beaucoup plaît. On les a largement applaudis et en a bien rigolé avec eux [...] La plupart des débats ont été convoqués par les collectifs et organisations qui se solidarisent avec les Sept de Paris, c'est-à-dire, ce n'est pas le SRI qui les a convoqués excepté celui de Ferrol. Nous avons mis en pratique l'unité entre les différents collectifs sur une cause commune: la solidarité avec ceux qui ont subi la répression en France. Cela a été la question principale, mais Miguel l'a toujours abordé en dénonçant le caractère généralisé qui prend la répression aujourd'hui et qui déjà nous atteint tous.

Nous avons distribué 2000 tracts avec les visages des Sept, sur le procès, etc. dans les rues, les quartiers et les usines de Vigo et aussi dans la manifestation du 1 Mai. Nous avons aussi collé 200 grandes affiches partout à Vigo.

Nous avons aussi fait des bons d'achats et de la pub pour réussir le soutien des personnes qui voulaient aller à Paris et nous avons réussi deux objectifs: le soutien économique et l'assistance du procès [...] Donc, l'aspect politique de l'autocar restait comme la chose principale, car tout le monde savait que la solidarité de tout l'Êtat serait présente au procès. Ça a été mis en pratique par tous les comités de l'Êtat. On doit souligner la quantité de lettres et messages que nous avons reçus par Internet de soutien et en nous disant qu'ils voulaient être présents au procès; on peut les compter par dizaines.

Le 11 juin est arrivé, nous nous sommes mis en route avec beaucoup de tension dans l'ambiance, car nous étions conscients qu'ils pouvaient nous empêcher d'arriver à Paris. Les t-shirts avec les photos des Sept, des banderoles: LA FRANCE EMPRISSONNE LES COMMUNISTES ESPAGNOLS. LIBERTÉ POUR LES SEP DE PARIS. Tout en français, bien sûr. Des drapeaux, des tracts en français, des autocollants, de la nourriture... et beaucoup d'illusion. Nous sommes partis de Bilbao à 21 heures et bien que nous avions vu que tout était calme, nous étions inquiets et n'avions pas tort: avant d'arriver à la frontière, voila! une compagnie des GAR (Garde civile) qui nous attendait, ni plus ni moins que la 1re compagnie armée jusqu'aux dents [...j Ils nous demandent les papiers d'identité et ils se mettent à perquisitionner dans l'autocar. Un camarade des Comités pour un SRI descend et il se porte comme témoin de la perquisition. Les gardes civiles contrôlent tout: un subordonné chargé d'un de ces contrôles est en train de le faire d'une manière routinière; donc, son commandant le dit qu'il fallait être plus rigoureux. Ils retiennent les tee-shirts pour porter le mot GRAPO; il fallait les retenir. Le camarada lui répond qu'il devrait donc séquestrer toute la presse de l'Êtat, car elle aussi contient des titres et des articles avec le mot GRAPO. Vraiment, il y a eu des moments tendus que je tente de calmer en leur disant que c'était clair qu'ils allaient tenter de nous embêter et que notre objectif c'était Paris.

Prés de Paris, les embouteillages étaient géants; heureusement que nous avions devant nous deux heures de plus pour arriver à la Cité [...] Nous y sommes arrivés à onze heures trente. Nous passons devant la Cité et il y avait déjà beaucoup de personnes qui manifestaient avec des drapeaux et des affiches: c'étaient les travailleurs de l'Êtat qui demandaient la liberté de leurs collègues arrêtés la veille à cause des grèves (la police en avait arrêté 56 à Paris). Nous sommes descendus de l'autocar el nous commençons à marcher vers la Cité avec toutes les banderoles, les drapeaux, les autocollants et les tracts. Tout de suite, un grand nombre de CRS nous bloque et nous empêche de passer; nous restons sur le trottoir, en manifestant et en arborant les drapeaux. Les grands chefs de sécurité français arrivent et parlent avec les avocats qui nous disent que si nous voulons assister au procès, on doit retirer les symboles. Le bus était déjà parti parce qu'on ne pouvait pas y se garer; c'était interdit. Mais la solidarité des camarades turcs y était déjà et ils prennent tout l'arsenal et le gardent dans ses voitures; bien sur, nous cachons sur nous les autocollants, les tracts et les drapeaux sans bâtons.

Presque une vingtaine de CRS, nous entourent et nous conduisent à l'intérieur du Palais. Tout cela est énorme et, de l'autre côté, les cris des grévistes continuent en demandant la liberté de leurs camarades. Nous parlons avec quelques uns et court la voix sur le motif pour lequel nous étions venus. Quand nous passons devant eux, qui étaient aussi bloqués par une meute de CRS, nous commençons à crier solidarité, en français débrouillard, mais ils ont bien compris et ont répondu à nos cris. On nous a conduits par des couloirs interminables et tout en chacun avait la puce à l'oreille, car nous pensions qu'ils tenteraient de nous neutraliser dans une salle ou quelque chose comme ça. Finalement, nous sommes emmenés à une grande salle où étaient déjà nos avocats et les camarades des grévistes [...] Nous profitons pour parler aux grévistes et voila un prof de Navarre avec lequel nous engageons une discussion vraiment intéressante sur sa lutte et la nôtre; nous échangeons des tracts et nous faisions une meilleure connaissance, ce qui dans ces circonstances-là était déjà important. Il m'a dit qu'on avait arrêté 56 personnes et seulement six étaient mis en examen. Question de les diviser et d'essayer que le mouvement s'affaiblisse. Ils avaient été condamnés à quatre mois de prison et... voici l'éclair!: on les a condamnés par DÉLINQUANTS. Ils ont protesté parce qu'ils n'étaient pas de délinquants, mais des grévistes pour les droíts des travailleurs. Voici la France démocratique. Inutile à dire rien de plus.

Ceux parmi nous qui étaient restés dehors, sont entrés, et voilà les Sept de Paris, la fine fleur, qui représentent les combattants de la classe ouvrière de l'histoire la plus récente d'Espagne. La Chambre, pleine à craquer, était si grande avec de plafonds si hauts qu'on pouvait se perdre en la regardant; une chaleur étouffante, les CRS partout, mais personne ne manquait un mot des Sept. C'était Silva qui était en train de parler et il disait: Dans cette époque-là, j'étais le responsable des GRAPO et j'assume toutes leurs actions; je ne suis qu'un témoin et par conséquence, je ne vais répondre aucune autre question. Je ne répondrai que si les avocats me le demandent, car ici on ne juge pas les GRAPO, mais les activités d'un parti politique. Seuls les peuples d'Espagne peuvent nous juger; il parle aussi de la guérilla et il dit qu'ils sont les héritiers de la résistance du 36 contre Franco, etc. Dans un autre moment, il fait une précision au tribunal assez intéressant. Il dit: Vous êtes en train d'arriver à un tel point d'embrouillement que la même notion de PCE(r)-GRAPO disparaît sans même savoir de quoi on parle, si du PCE(r) ou des GRAPO. Après lui, c'est Victoria qui prend la parole et nuance les déclarations de Silva en disant: vous voulez condamner un parti parce qu'il y a des communistes dans une organisation armée, peut-être les résistants de la France centre l'occupation de l'Allemagne fasciste n'étaient que de communistes? Au sein des GRAPO, il y a des communistes, des antifascistes, des anarchistes, même des catholiques de gauche...

Devant cette initiative des garçons des GRAPO (comme Arenas les a appelés pendant le procès), le Tribunal est resté hors du jeu. À partir de ce moment, le procès entre dans le domaine de la politique. Durant les séances, toutes les bêtises fabriquées par la Garde civile s'écroulent sur la tête du Président du Tribunal. Ce sont Isabel, Elipe, Peña et Rosario qui parlent sur des questions concernant le fonctionnement du Parti, l'organisation et la trajectoire personnelle de chacun d'eux. Isabel parle du financement du Parti: les cotisations, les collectes...; elle explique que chaque militant a le salaire d'un travailleur pour vivre. Elle parle aussi du fonctionnement du parti basé sur les cellules de trois militants minimum, etc. Après leur intervention, le Président de la Chambre passe un bon moment à lire les papiers du dossier, les célèbres milliers de feuilles.

Il commence par le Resistencia. Arenas parle et pour la première fois il utilise son arme: la parole. Il se lève et il dit: boommm !!! Tout en imitant de ses mains une explosion. Nous étions, tous, sur des charbons ardents. Il a fait une pause et il continue: le Resistencia n'explose pas, le Resistencia ne tue pas, le Resistencia ne tire pas. En revanche, le Resistencia dénonce les brutalités de la police espagnole à l'encontre des révolutionnaires, des ouvriers; le Resistencia dénonce l'Êtat fasciste espagnol, le Resistencia est le journal du PCE(r)... Le Président était scié, en le voyait bien sur son visage. Il n'avait jamais rencontré de vrais communistes, dont leur trajectoire de lutte l'étonnait profondément. En plus, Bruguière et la garde civile havaient mis dans un sale pétrin. Mais, si j'étais eu le Président, j'aurais honte et j'aurais démissionné; mais lui, pas du tout. Ils sont cyniques ces gens-là! Je suis en train de tourner autour le pot; alors, je reprends le récit. Le Président demande Arenas (Manuel Pérez Martínez) sur sa trajectoire de lutte. Arenas commence à parler et après une large révision sur l'histoire des plus de trente ans de lutte politique, le Président lui demande comment s'explique-t-il sa carrière avec une si grande responsabilité, lorsqu'il a été élu Secrétaire Général dans un délai vraiment bref, presque au début de sa carrière. Arenas lui donne une leçon de modestie et dignité ouvrière: c'est grâce à mes capacités et qualités. Moi, aussi, je suis un autodidacte, car je viens d'une famille ouvrière qui n'avait pas les moyens pour payer les études à leurs fils; je suis plâtrier. J'ai tout mis au service de ma classe, la classe ouvrière. Je ne serais rien sans elle, donc on peut dire que toute ma formation lui appartient et profite. Dans un autre moment, il lui demande comment se peut-il certains militants continuent le combat et quelques autres quittent le Parti. Il lui répond: La dialectique agit dans la vie. Il va de même pour le Parti; c'est-à-dire, ceux qui sont ici, assis à mon côté, ils sont les meilleurs et ils continuent la lutte.

À la fin de la séance du 12 juin, nous les faisons les adieux en applaudissant très fort, et Arenas crie en nous disant que c'est un procès politique et qu'il faut résister et il nous envoie ses accolades.

Déjà à nouveau dans la rue; les camarades turcs nous emmènent à leur siége. Ces camarades méritent une mention spéciale, c'est la pleine solidarité, dans toute sa dimension. Je n'exagère pas le moins du monde. Je n'en ai pas besoin. La pratique est le critère de la vérité, n'est-ce pas?

Au siège, ils nous reçoivent avec des accolades et de la nourriture pour tous. Nous échangeons avec enthousiasme les incidences du procès. Les camarades nous informent des maisons des familles turques qui vont nous héberger. À 21 heures le siége était déjà vide, avec tous nous hébergés dans 12 maisons de la banlieue de Paris. La nôtre était une famille qui habitait et travaillait en France depuis beaucoup d'années: elle était à 50 Km. du centre de Paris. Là, une des filles parlait un petit peu d'espagnol et ils nous ont posé beaucoup de questions, des échanges d'expériences des peuples en lutte, de l'amitié et de la solidarité. IMPRESSIONANT! Ils nous ont offert un autre repas, la table toute pleine de mets typiques de la Turquie et le Kurdistan. Et tout s'est très bien passé en bavardant jusqu'aux deux heures du matin.

Nous nous levons à sept heures du matin el nous prenons un très gros petit déjeuner avec beaucoup de thé turc... Nous sommes arrivés à leur siége à dix heures trente du matin; tous les autres sont aussi en train d'y arriver et tous avec la même expression spontanée en disant: l'accueil des familles turques c'était extraordinaire! Tout le monde venait plein de courage. Nous sommes allés, en groupes, vers la Cité. La séance du vendredi, le 13 juin, commence à onze heures trente du matin. Nous recevons tous les Sept avec de forts applaudissements. Le Président fait un autre tour de questions à plusieurs accusés. La séance se termine par des paroles de Manuel pleines de résistance et de dénonciation qui sont interrompues par les applaudissements des assistants. Une harangue comme il faut! Nous croyons qu'il a parlé durant presque une heure. À la fin, nous sortons les drapeaux des peuples de l'Êtat espagnol, de la République et celui du communisme. Des ovations et applaudissements pendant quelques minutes en criant Vive le PCE(r)!, Vive le communisme! et Ils sont communistes, pas terroristes, Amnistie totale!, Liberté, liberté!

Un peu plus détendus déjà, nous sommes allés au siége des camarades turcs, car à 21 heures 30 nous partions pour l'Espagne. Ils nous souhaitent la bienvenue officielle avec un discours dans lequel ils nous disent qu'ils étaient vraiment fiers d'avoir eu l'honneur d'être avec nous et que la lutte des peuples pour le socialisme et pour le communisme vaincra... Et voila que les Espagnols me demandent de parler, moi, pour leur correspondre. Ils me prennent hors du jeu. Du fond de mon cœur, je leur dis au nom des Comités pour un SRI des peuples d'Espagne, que nous leur exprimions toute notre reconnaissance par l'accueil si solidaire, ce qui était une preuve évidente de la solidarité entre les peuples. Il n'y a pas de paroles pour le dire, mais nous continuerons à lutter pour la liberté des révolutionnaires de tout le monde et pour le socialisme el le communisme. VIVE L'INTERNATIONALISME PROLÉTARIEN! L'ambiance commence à se chauffer et ils nous chantent une chanson de leur Parti pleine de sentiment. C'est un camarade turc qui l'entonne en honneur de tous les camaradas d'Espagne. Nous répondons par la chanson À LA GRÈVE. Donc, ils chantent aussi de leur peuple, du Kurdistan et tous nous accompagnons en battant les mains. Nous leur chantons les hymnes de la Catalogne, de la Galice et du Pays Basque et aussi celui du Parti. Finalement, un camarada turc nous chante quelques chansons dédicacées au PCE(r). Nous faisons les adieux en chantant L'INTERNATIONALE en espagnol et en turc, avec des applaudissements, accolades, bisous et vives au communisme et la liberté. Nous avons quitté Paris à 22 heures de la nuit. Pendant le retour, nous avons vu les films Queimada et Sacco et Vanzetti.

Je peux faire un bilan personnel: tous sommes très contents, nous n'avons pas pris la Cité, mais nous L'AVONS REMPLIE DE SOLIDARITÉ. Évidemment, nous avons commis des erreurs, car nous n'avons pas réussi à achever quelques tâches à cause des conditions dans lesquelles nous nous trouvions. Il faut toujours apprendre. Il y a eu, bien sûr, beaucoup d'autres anecdotes à raconter et on le fera. Nonobstant, nous sommes en train de recevoir toujours des lettres avec les dazibaos qui sortent en Internet; on va préparer la vidéo et les photos. Entre tous nous réussirons à donner une vision beaucoup plus complète et riche.

Une fausse accusation

... Le lendemain de notre désastreux voyage au Palais de Justice -au retour, avant de monter au camion, les hommes ont été encore battus-, ils ont notifié à Rosario qu'elle était libérable à partir le 5 août. Plus tard, quinze minutes après, ils l'ont convoqué à nouveau: on venait de faire appel à la sentence. Au debout, nous avons cru que c'était la procureure, mais nous avons appris ensuite que ce sont les avocats qui avaient fait l'appel.

Rosario a reçu de nouvelles de son avocat. Elle lui explique dans la lettre qu'ils ont fait appel pour tous les quatre (je suppose que l'avocat d'Elipe a fait pareil) y compris Rosario. Elle a une condamnation de trois ans, c'est vrai, cependant elle a été condamnée, pas par de faux papiers d'identité -le seul délit que Rosario a commis sur le sol français-, mais par association de malfaiteurs en vue de... L'avocat avoue que l'appel n'est pas particulièrement favorable pour Rosario -espérons-nous que, pas seulement parce que sa libération se retarde. Il existe l'habitude de faire monter les peines au moment de l'appel.

Mais l'avocat a tout à fait raison. Nous refusons d'admettre le chef d'inculpation d'association de malfaiteurs. Si nous l'acceptions pour l'un de nous, pourquoi pas pour les autres.

Bref, on retourne à la caisse d'épargne. Aucune ideo de la date pour le nouveau jugement! Il faudra attendre que les avocats rentrent de vacances.

Ici, personne ne comprend rien à l'appel. Parce qu'ils ne comprennent pas que nous ne contestons pas la durée de la peine sinon le fait de se fonder sur une fausse accusation, grossièrement élaborée par la Garde civile et le ministère de l'Intérieur...

Sur la condamnation politique au PCE(r)

Lettre des camarades jugés

Salut à tous, camarades, parents et amis!

Pour commenter nos impressions du déroulement du procès, nous avons attendu de connaître le verdict, car, bien que nous fussions convaincus de ce que serait la sentence, nous voulions en connaître les détails avant de nous prononcer. Ces

"détails nous ont été révélés le dernier 23 juillet lorsque nous avons été conduits à nouveau devant le Tribunal.

Ce délai nous a également permis de connaître l'opinion de camaradas et de personnes en relation avec le mouvement de solidarité qui avaient assisté au jugement. Nous (y compris les avocats) sommes tous d'accord que nous avons gagné ce procès aux points. Si bien que l'on peut dire que l'accusation montée sur la base de la trame tissée par le ministère de l'Intérieur espagnol, a été mise à nu.

Cependant, le Tribunal a suivi, au pied de la lettre les diktats de l'accusation en condamnant à la peine maxime de 10 ans, outre Fernando, Elipe, Isabel et Manuel. Victoria a été condamnée à 8 ans. Toni à 6 et Rosario à 3 ans.

Il doit être clair que, pour nous, les années de condamnation no comptent pas, et que cela a été le moyen dont s'est servi le Tribunal pour que ne se remarque pas beaucoup le sophisme qui a consisté à mettre dans le même sac le PCE(r) et les GRAPO. C'est de cela qu'il s'agit et pas d'autre chose.

Tel fut l'objectif que les Bruguière, les Garzon et la garde civile espagnole s'étaient fixés depuis le début du procès, sur ordre des gouvernements de Madrid et Paris, et ils ont persisté avec les procédés fascistes et mafieuses que nous avons expliqué dans d'autres occasions.

Il saute aux yeux que cette distribution de peines, si généreusement réalisée par le Tribunal, n'a pas d'autre objectif que de nous inciter à trouver bonne ou juste la sentence (du moins en partie), ce qui proscrirait de fait tout appel... un cadeau de trois ans de prison (qui mettrait Rosario immédiatement en liberté) contre l'acceptation de la condamnation du Parti, n'est-ce pas un chantage digne de truands? Comme on peut voir, même au moment de fixer les peines, les magistrats ne se sont pas privés de dresser des piéges, ce qu'ils s'étaient montrés habiles à faire tout au long du procès.

Ils ne nous ont, évidemment, pas condamnés pour des faits ou des actions concrètes, mais pour notre programme communiste et pour notre histoire de lutte résolue contre le fascisme et le capitalisme. Les fascistes du gouvernement espagnol peuvent maintenant se frotter les mains de contentement, car cette condamnation va les permettre de camoufler leur politique terroriste, maintenir en prison nos camaradas et, certainement, obtenir notre extradition ou remise aux tortionnaires espagnols.

Ceux-ci étaient si sûrs d'atteindre leur but qu'ils n'ont même pas attendu la sentence pour présenter plusieurs demandes d'extradition basées sur le montage que le juge Bruguière et la Garde civile ont préparé ensemble. Ils ont commencé à les mettre au point au cours du voyage réalisé par le célèbre juge en mars 2002. Auparavant il n' y avait aucune inculpation contre nous en Espagne.

Nous avons démontré tout cela au cours du jugement. Il est clair que, comme on pouvait le supposer vu son caractère ultra réactionnaire, le Tribunal a interprété à sa manière et conformément aux intérêts de la classe dominante, les abondants arguments et preuves que nous avons présentés, comme les déclarations impressionnantes des témoins, qui ont démontré de manière tangible la nature fasciste du régime espagnol, ses nombreux crimes, la pratique du terrorisme d'Êtat et de la torture, la violation des droits et des libertés les plus élémentaires des travailleurs, etc. Quant à l'histoire de lutte et résistance de notre Parti, que peut-on en dire? Il n 'y a pas aucun doute qu'elle a constitué pour ce Tribunal comme pour les fascistes espagnols, la preuve la plus claire et la plus achevée de notre culpabilité, ainsi que la certitude absolue de que nous poursuivrons la lutte contra eux jusqu'au bout En réalité, c'est cette constatation qui les a conduits à nous condamner il y a déjà longtemps.

Ce que paraissent ignorer ces laquais en toge de la bourgeoisie impérialiste française est que de telles sentences ouvrent les yeux des travailleurs, leur font prendre conscience plus rapidement de leurs véritables intérêts et la manière de les faire triompher, ce qui en fin de compte, renforce notre mouvement révolutionnaire. C'est pour cette raison que nous avons tenté d'"applaudir les juges dans la salle, peu avant qu'ils ne disparaissent et que nous soyons délogés.

Enfin, il leur a été facile de faire l'amalgame entre les papiers du PCE(r) et les armes des GRAPO. Mais pour condamner le Parti, il fallait quelques preuves ou faits concrets, et, comme ceux-ci ne sont apparus nulle part (ni dans l'instruction falsifiée par le juge Bruguière ni dans le déroulement du procès présidé par son collègue, M. Kantor), ils ont décidé au dernier moment de se passer du corps du délit que leur offraient les militants des GRAPO. Il apparaît en toute lumière que l'activité de guérilla des GRAPO leur servait de passe-partout pour y impliquer le Parti. À contrario ils auraient fait la différence entre les activités, le fonctionnement et même les objectifs des deux organisations et en conséquence n'auraient pu condamner les militants du PCE(r).

C'est pourquoi ils ont mis tout l'accent sur le caractère le prochinois d'Arenas, sur son radicalisme et son intransigeance; en un mot, sur son refus de se laisser suborner et trahir sa classe et la cause communiste, et pour cette raison ils le rendent responsable des actions armées des GRAPO. Les autorités judiciaires françaises ont, de cette manière si indigne et scandaleuse, remplit leur part du contrat, faisant le sale travail que les juges espagnols n'ont pas osé à réaliser durant les 30 ans d'existence de notre Parti. Comme nous l'avons déjà dénoncé dans la déclaration que nous avions publiée avant le commencement de cette farce (et que nous ne pûmes lire pendant le procès parce qu'elle nous fut arrachée des mains par les gendarmes le premier jour) ce que les ministres de l'intérieur de France et d'Espagne avaient tramé pour tenter de détruire notre Parti était clair des le début. C'est-à-dire, que nous étions convaincus que tout ce montage n'avait d'autre but que de donner un léger vernis judiciaire à la décision politique que les fascistes de Madrid et leurs homologues de Paris avaient prise. C'est pourquoi nous étions disposés à les dénoncer en acceptant le jeu de telle sorte qu'il leur serait difficile de cacher leurs manoeuvres, les intérêts qu'ils représentaient et à les obliger à procéder finalement sans masques, à visage découvert. Ce qui fut fait.

Bien entendu, ce que personne ne pouvait prévoir est qu'ils agiraient d'une manière aussi brutale qu'ils ont faite: nous avons tous été témoins durant le procès de l'intervention impudente auprès du président du Tribunal d'un agent de l'ambassade d'Espagne envoyé, sans aucun doute, dans ce but. Ce fut un fait si scandaleux qu'un de nos avocats français ne put faire moins que de protester.

Cet incident, contrairement à ce qu'il pourrait sembler, ne fut pas lié uniquement à l'irruption dans le procès de Mme. Muro (à laquelle nous avons chanté le Tururu pour la consoler, avant de la laisser seule dans la salle avec les vautours qui l'accompagnaient), sinon qu'il nous parait indiscutable que le déroulement du procès commençait à préoccuper très sérieusement les autorités espagnoles, si bien qu'elles décidèrent d'intervenir directement pour tenter de le redresser avant qu'il leur échappe.

Ceci dit, il est bien vrai, comme il a été démontré postérieurement, que M. le Président du Tribunal est fort capable et aurait pu ne pas avoir besoin des instructions de l'ambassade d'Espagne pour mener à bon terme les débats qui se tenaient dans la salle d'audience. Il est un peu plus douteux qu'il aurait atteindre avant un accord sur la quantité qui le correspondait recevoir à M. le Président pour une tâche si vantée. Rappelons-nous que Jaime Mayor Oreja, quand il occupait le portefeuille de l'intérieur, justifia le triplement des fonds secrets de son département en soulignant le coût élevé des services de ses collaborateurs français.

Pour terminer, car nous ne voulons pas nous étendre trop, nous pouvons vous dire que nos avocats ont fait appel. Cela ne veut pas dire que nous ayons la moindre confiance dans ce que la justice française (dont le manque d'indépendance s'est manifesté si clairement au cours de notre procès) puisse contredire les décisions politiques du gouvernement en place, s'affronter au groupe d'intérêts antiterroristes et faire éclater la vérité.

Cependant, pour notre part, nous continuerons à faire tout ce que nous pourrons ou qu'on nous permettra de faire, en utilisant ces faibles occasions pour continuer le combat et la dénonciation.

Nous croyons qu'il a été suffisamment démontré que ce problème, comme beaucoup d'autres qui affectent la vie de dizaines de millions de travailleurs, n'a pas de solution judiciaire sinon politique, c'est à dire, qu'il ne se résoudra pas devant les tribunaux, mais dans la rue et à travers le développement conséquent de la lutte de classes.

Une forte accolade
SALUT ET RÉSISTANCE

P.S.: Les lettres que nous sommes en train de recevoir ces jours et qui nous parlent des incidence du procès, font de constantes allusions à la température qui a présidé la salle durant les deux premières séances. Évidemment, ils ne parlent pas de la chaleur -qui a été aussi présent- mais de cette autre chaleur de la solidarité combative que nous avons aperçue dès le premier instant.

Cependant, tous ces commentaires détachent surtout (et c'est une chose que nous n'avons pas pu apercevoir directement) la participation des camarades turcs et leurs proches dans l'organisation effective et pratique de cette solidarité, spécialement par rapport à l'accueil, l'hébergement, etc. des camarades, parents et amis qui sont venus de l'Espagne.

Un exemple émouvant d'internationalisme el de fraternité prolétarienne véritable que nous n'oublierons jamais.

Il est certain, camarades, la solidarité c'est une arme chargée de futur.

Collectif Étoile Rouge"
Le 26 juillet 2003