"Réformer le parti de l'intérieur"
une position réformiste

L. Montes
Resistencia n51; organe du PCE(r)

Réformer le parti de l'intérieur: telle est l'idée guide des "rupturistes" du Parti communiste espagnol. Mais que se cache-t-il derrière cette position? Il se cache à la base une position réformiste; il ne se cache pas une position de lutte et d'affrontement avec ceux qui clairement maintenant - et depuis longtemps font partie du camp de la contre-révolution. Ils se proposent en échange de réformer un parti pourri jusqu'à la moelle qui n'a plus rien d'autre à offrir aux masses que la trahison.

Depuis quelque temps déjà quelques secteurs du Parti communiste d'Espagne, concrètement les jeunes de ce parti, ont dit assez à la politique pro-oligarchique des popes "peceros"; mais à mon opinion c'est un assez du bout des lèvres, comme si en rompant avec le PCE le sol s'était ouvert sous leurs pieds, comme si on leur avait posé une question fatale: qu'y a-t-il après le PCE? Y a-t-il une vie de l'autre coté?

On pourrait faire une analogie avec les pensées qui envahissaient les hommes de l'antiquité quand on ne savait pas encore que la terre était ronde. Ils pensaient que le monde avait une fin, qui si on dépassait certaines limites géographiques on tombait dans un précipice, on ne savait pas jusqu'où.

Les jeunesses communistes sont dans une situation très semblable. Ils pensent: Je ne peux continuer à collaborer avec cette clique, je dois rompre avec eux. Mais ensuite ils disent: Ou vais-je aller? Je ne vais pas me mettre à créer un parti maintenant, avec ce que cela coûte. Il vaut mieux que je continue à travailler ici, en tentant de mouler ce parti à ce que je crois que doit être un parti révolutionnaire.

C'est la fameuse loi du moindre effort, typique quand on s'est habitué à être un "révolutionnaire" sans se compliquer beaucoup la vie.

Mais nous devons voir le pourquoi de ces positions dans leur contexte, non comme quelque chose d'isolé, car ce n'est pas qu'ils soient révolutionnaires ici et réformistes là-bas, mais qu'ils ont une grande confusion d'idées, des "pulsions" tantôt à gauche tantôt à droite qui les empêchent de prendre une position révolutionnaire conséquente.

Enumérons une par une ces idées pour avoir ainsi le tableau complet de la situation.

SUR LA LUTTE LEGALE OU ILLEGALE

Ils traînent des défauts terriblement réformistes sur cette question. Ils surestiment de manière excessive le rôle de la lutte légale en général et de la lutte parlementaire en particulier. Il est évident qu'ils ne réussissent pas à déterminer le caractère de l'Etat espagnol: s'il est démocrate ou fasciste. Bien que à certains moments ils le traitent de fasciste, mais toujours sur un plan abstrait et nébuleux, dans la pratique, peut-être inconsciemment, ils l'acceptent comme un Etat démocratique, ou tout au moins comme tolérant en matière de libertés politiques. C'est inévitable si l'on tient compte des "maîtres" qu'ils ont eus. Nous devons rester nous-mêmes pour contrarier toute la "formation" qu'ils ont reçue.

SUR LA LUTTE ARMEE

Beaucoup d'entre eux montrent une attitude favorable à la pratique de la lutte armée et la sentent juste. Mais il leur arrive toujours la même chose: à une première position plus ou moins conséquente dans le sens révolutionnaire ils en ajoutent une seconde qui annule le "révolutionnarisme" de la première. Il conviendrait d'ajouter qu'à aucun moment ils ne se prononcent contre, mais pas non plus complètement pour.

Cela aussi est très logique, ayant été "élevés" dans la fameuse voie parlementaire au socialisme pour laquelle, comme il est naturel, la théorie militaire n'existe pas. Selon ce squelette d'idée la voie de la révolution armée n'a pas de valeur, elle est dépassée, et de ce fait il n'est pas nécessaire de l'approfondir.

J'ai l'impression qu'on les a tenus enfermées dans une bulle où les échos de la guerre populaire prolongée propagée par Mao ne leur sont pas parvenus, car ils sont complètement perdus et désarmés en ce qui concerne la théorie militaire.

SUR LA QUESTION DE L'ORGANISATION CLANDESTINE

Pour eux cela n'existe pas. Ils sont tellement habitués à se réunir dans leur local et à chanter l'Internationale à voix haute qu'ils ne se posent pas la question de se cacher. Cette question est très liée à la première, à celle de la lutte légale par à une forme de lutte correspond une forme d'organisation déterminée. Quand on leur parle d'organisation clandestine ils regardent comme pour dire: la clandestinité pourquoi? de qui devons-nous nous cacher?

Légalisme, légalisme et légalisme telle est la base de tous leurs problèmes.

Un motif qu'ils fournissent pour défendre le slogan "Réformer le parti de l'intérieur" est que tous ceux qui se sont un jour séparés du PCE n'ont pas réussi à créer un parti réellement fort, avec une base sociale, et pour cette raison eux veulent réformer le parti avec les mêmes sigles pour maintenir la base sociale. Moi je me demande: quelle est la base sociale actuelle du PCE? ceux qui vont à sa fête à la Casa del Campo? ceux qui boivent le vin dans ses "chiringuitos" ou dans les fêtes de quartier? ou ceux qui votent pour eux quand il y a des élections, sans faire attention à leur programme, seulement par habitude?

Qu'ils me disent quel est le degré d'influence du PCE dans le mouvement ouvrier actuellement. Je dirai que ce degré d'influence est égal à zéro. Qu'ils convoquent une grève générale comme celles d'autrefois, il est sur que même Camacho n'y participera pas. Qu'ils convoquent une manifestation, la police ne se déplacera pas, c'est tout dire.

Ils me diront aussi, à un moment quelconque, qu'il faut réunifier tous les groupes communistes. Sur ce point je suis complètement d'accord avec eux; et parce que je suis pour la réunification de tous les communistes (les vrais) je ne veux pas que mon parti le PCE(r), le véritable Parti communiste d'Espagne, s'unisse aux vendus anticommunistes du PCE. Je suis en faveur de la réunification communiste: mais réunifier sur quoi? Réunifier sur la base des principes, sur la base du marxisme-léninisme. Telle est la position du PCE(r) et par conséquent la mienne; en communistes que nous sommes nous ne bougerons pas d'un pouce de ces postulats.

Ce "reformer de l'intérieur" me fait penser au "de l'intérieur" des possibilistes. Cette positon cache ou camoufle, à la base, des postulats conciliateurs, des postulats pas du tout combatifs. Si on veut réellement être révolutionnaire il faut l'être toujours (du commencement à la fin) et sur tous les plans (organisation, politique, propagande). Une révolution est un ensemble de révolutions: révolutions individuelles, de groupes et révolutions sociales. On ne peut vouloir prendre la tête d'un processus révolutionnaire si l'avant-garde politique de ce processus révolutionnaire "naît" d'un processus réformiste.

Le PCE pourrait être réformé si ses déviations politiques et idéologiques se maintenaient dans ce que nous pouvons appeler le camp révolutionnaire, s'il se maintenait encore dans ces limites. Par contre, si ses déviations politiques et idéologiques ont dépassé la limite et que déjà il ne se situe plus dans le camp révolutionnaire mais dans celui de la contre-révolution, la possibilité de le reformer s'évanouit. On peut réformer la maison quand elle est encore sur pied, non quand elle est détruite; quand elle est détruite on ne peut déjà plus la réformer, ont doit la reconstruire.

Ce que je veux dire est qu'être révolutionnaire en matière de refondation c'est reconstruire le parti sur la base de la rupture conséquente avec le révisionnisme, sur la base du marxisme-léninisme. Les sigles, la case sociale, l'infrastructure et autres sont secondaires, car si on a une ligne politique juste et la claire détermination de faire la révolution tout le reste viendra: s'il n'y a pas de gens, les gens viendront; s'il n'y a pas d'infrastructure on la créera. L'important est d'être ferme sur les principes, de maintenir une ligne politique révolutionnaire conséquente, tout le reste viendra, tôt ou tard, mais viendra?