Bourgeoisie et autodétermination

C. Reigosa
Resistencia, nº 54, avril 2001

Nous partageons avec les nationalistes de Galice, Catalogne e Euskal Herria un objectif démocratique auquel on ne peut renoncer: le droit à l’autodétermination et à l’indépendance des nationalités opprimées par l’Etat espagnol, et aussi d’autres objectifs comme l’amnistie pour les prisonniers politiques, la lutte contre la répression, etc. Compte tenu de la coïncidence de ces objectifs le Parti a toujours cherché l’unité avec eux pour lutter contre l’Etat monopoliste et fasciste. Ce que nous ne ferons jamais pour l’unité est de mélanger nos alliés possibles et nous ne considérerons jamais comme tels la bourgeoisie des nationalités, groupée aujourd’hui autour du PNV, CiU, BNG, quelque soit la démagogie "indépendantiste" qu’elle fasse au moment de ses disputes avec l’oligarchie de Madrid pour le butin.

Les bourgeoisies nationales, en tant que minorités oligarchiques - mineures mais oligarchiques quand même - ont pour l’essentiel les mêmes intérêts d’exploitation et de domination que les bourgeoisies impérialistes vis à vis de leur propre peuple comme des autres. Elles utilisent la base nationaliste, c’est à dire qu’elles utilisent le légitime sentiment national de leur peuple, pour obtenir des avantages économiques et politiques face à d’autres bourgeoisies concurrentes et surtout face à la bourgeoisie centraliste; mais en même temps elles font bloc comme classe avec le reste des bourgeoisies au pouvoir sur les questions fondamentales. Leur position est, à tout moment, du coté de l’exploitation, de la défense de ses privilèges de classe face à la menace de la révolution, du coté de l’impérialisme en appuyant ses violences, ses agressions, ses guerres. Évidement elles entendent le droit à l’autodétermination et à l’indépendance comme le droit à pouvoir choisir le parrainage de la puissance impérialiste qui leur convienne le plus. C’est seulement si, à un moment donné, cette bourgeoisie nationale s’aperçoit qu’une ou plusieurs puissances impérialistes montrent de l’intérêt pour son territoire et que de s’assujettir à elles pourrait lui rapporter de meilleurs taux de profit (ou aussi devant un profonde crise politique et économique de l’Etat, ou enfin pour freiner l’avance irrésistible de la révolution) qu’elle peut devenir indépendantiste. Dans ce cas ses représentants politiques qui aujourd’hui condamnent et déclarent illégitimes, avec tant d’obstination, les méthodes de lutte violente à des fins politiques n’hésiteront pas à entraîner leur pays à la boucherie au nom du "patriotisme" et de la "défense de la nation".

C’est ce que fit la bourgeoisie albano-kosovare et avant elle la croate , la slovène, la bosno-musulmane, avec l’appui économique, politique et militaire de l’Allemagne et ensuite de l’OTAN. Maintenant la Croatie, la Slovénie, la Bosnie, le Kosovo sont bien des provinces de fait de l’Allemagne, des protectorats de l’OTAN. En appuyant l’agression impérialiste contre la Yougoslavie, les partis de la grande bourgeoisie basque et catalane avaient en vue les miettes de la spoliation, mais ils ont en outre souligné la "légitimité" du droit de la bourgeoisie albano-kosovare de chercher l’abri du parapluie d’un parrain plus fort et, par conséquent, leur propre "droit" à faire de même le cas échéant.

Nous ne devons jamais perdre de vue les intérêts du prolétariat

Pour le prolétariat basque, catalan, galicien, le droit à l’autodétermination et l’indépendance est autre chose. Peu importe quelle est la bourgeoisie qui les exploite et les opprime; leur problème est l’exploitation et l’oppression qui ne peut venir que de la bourgeoisie; de ce fait leurs objectifs nationaux ne peuvent être qu’intimement, inséparablement liés à leurs objectifs de classe et nous pourrions même dire subordonnés à eux.

Pour la classe ouvrière des nationalités opprimées de l’Etat espagnol il ne s’agit pas de conquérir de légitimes droits comme peuples pour changer de maîtres, mais de ne plus en avoir aucun. La bourgeoisie a déjà son droit d’exploitation plus ou moins "national", c’est nous les travailleurs qui n’avons aucun droit. Travailleurs des nationalités opprimées nous avons besoin d’en finir avec l’Etat terroriste et fasciste bourgeois, et que l’on reconnaisse et respecte notre identité nationale sur un pied d’absolue égalité avec les autres peuples pour être réellement libres, que l’on ne souffre ni d’exploitation, ni de discrimination, ni d’inégalité aucune comme peuple ou comme classe.

Tant que la bourgeoisie détiendra les rênes de l’Etat, qu’elle soit espagnole, basque, galicienne ou catalane, nous continuerons à être opprimés et exploités comme avant. Cependant il y a certaines "stratégies du nationalisme radical" qui continuent à soutenir qu’il faut d’abord s’allier à la bourgeoisie nationale contre l’Etat espagnol, obtenir l’indépendance et, ensuite, dans "la nouvelle patrie libérée" oui ensuite, reprendre la lutte contre la bourgeoisie et nous "libérer socialement". C’est à dire que d’abord nous devons subir les tortures, les emprisonnements de l’Etat fasciste espagnol pour que les bourgeoisies nationales puissent nous exploiter seules pour la plus grande gloire de leur capitaux, et ensuite, une fois que celles-là auront atteint leurs buts, recommencer à subir les tortures, emprisonnements et assassinats de notre "bourgeoisie patriote" (qui lorsqu’elle se sentira menacée retournera se mettre sous la protection des impérialistes espagnols ou autres) pour ainsi "nous libérer socialement".

Non merci, c’est une mauvaise affaire: tant d’efforts et de sacrifices méritent d’obtenir tout d’un seul coup: la liberté nationale oui, mais, surtout la libération pour toujours du joug exploiteur de la bourgeoisie?